LETTRE DU GRAND CHANCELIER
comme il semble résulter de la lettre suivante du grand chancelier au président de Jariges.
J’ai voulu prier MM. le président de Jariges et conse iller intime Leuper de mettre à exécution le resle du jugement dans l'affaire Voltaire; car je me trouve très-indisposé, et je pense beaucoup mieux employer mon temps. M. de Voltaire a présenté un mémoire désespéré (desperates) portant :
• Je jure que ce qui m’a été imposé dans la sentence est vrai, et je prie maintenant de faire estimer les bijoux. »
J’ai renvojé le mémoire afin qu’il le fasse signer par un avocat.
Ucrlln, le 20 février 1751. C0CCEJ1.
Nous disions plus haut que Voltaire n’avait pas trop envie de rire. Sa situation, en effet, n’était rien moins que plaisante. Ce procès avait eu le retentissement le plus déplorable, non-seulement à Berlin mais encore en France, à la cour, où l’on était loin de lui avoir pardonné sa défection et sa fugue en Prusse. Nous lisons dans les Mémoires du marquis d Argenson, à la date du 12 janvier : « Le roi a dit à son lever que Voltaire étoit chassé de Prusse pour avoir agioté sur la Steuer, sur des billets que Sa Majesté prussienne faisoit payer à de pauvres officiers. Voltaire en avoit acheté pour des sommes considérables et s’en étoit fait payer. Ce grand poète est toujours à cheval sur le Parnasse et sur la rue Quincampoix ‘. » Si Louis XV était inexactement renseigné, ce qui demeurait véritable c’était le sérieux mécontentement de Frédéric, qui avait déclaré nettement qu’il ne le reverrait qu’après la conclusion du procès :