FRÈRE VOLTAIRE EN PÉNITENCE
jusque-là, Voltaire était privé de la présence réelle. « Frère Voltaire est ici en pénitence, écrit l’auteur de la Henriade à la margrave de Bayreuth, il y a un chien de procès avec un juif et, selon laloi de l’Ancien Testament, il lui en coûtera encore pour avoir été volé *.. » Mais la margrave était déjà allée aux renseignements près de son frère, qui lui répondait par une lettre foudroyante.
Vous me demandez ce que c’est que le procès de Voltaire, avec un juif. C’est l’affaire d’un fripon qui veut tromper un filou. Il n’est pas permis qu’un homme de l’esprit de Voltaire en fasse un si indigne abus. L’affaire est enlre les mains de la justice, et dans quelques jours nous apprendrons par la sentence qui est le plusgrand fripon des deux parties. Voltaire s’est emporté; il a sauté au visage du juif; il s’en est fallu de peu qu’il n’ait dit des injures à M, de Cocceji ; enfin il a tenu la conduite d’un fou. J'atlends que cette affaire soit finie pour lui laver la télé et pour voir si, à l’âge de cinquante six ans, on ne pourra pas le rendre, sinon raisonnable, du moins moins fripon *.
Frédéric s’en explique, et sur le même (on, dans une seconde épitre à sa sœur, à la date du 2 février. Ce ne sont pas, du reste, les seuls renseignements qui arrivèrent à celle-ci à l’endroit de Voltaire eide son procès. La spirituelle margrave avait des amis qui se chargeaient de l’édifier sur ce qui se passait à la cour de Berlin et de la mettre au courant des petits scandales et des commérages du moment. Pollnitz était de ces derniers; et nous avons mis la main sur une lettre
t. Revue française (l,r novembre 18G5). t. XII, p. 340. [.élire de Voltaire à ta margrave de Bayreuth ; 30 janvier 1751.
2. OEuvres de Frédéric le Grand (Berlin, PrcuM.), I, XXVII, p. 199, 200. Lettre de Frédéric 4 la margrave de Bayreuth; le 22 janvier 1752 (llaei : 1751).