‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 121 sur 431 · LE CODE DE FRÉDÉRIC · texte numérisé non relu

LE CODE DE FRÉDÉRIC

autographe de l’étrange baron, où il entre dans les détails les plus piquants sur Voltaire, Cocceji, Algarotti, La Mettrie et Maupertuis. L’occasion ne saurait être meilleure pour donner un échantillon du tour épistolaire du personnage.

Votre Altesse rorale me demande des nouvelles de nos beaux esprits. Le chef de la bande est touiours exilé de la cour d'Auguste; mais peut-être mieux traité dans sa disgrâce qu’Ovide dans sa faveur. Il continue d’étro logé à Berlin au château, il est nourri, voituré déffralé de tout, avec cela il a cinq mille écus de pension et iouit de la liberté de plaider contre israel, et de donner matière à bien.des farces. Il ni a point de rimailleur qui n’exerce sa verve contre lui, lui môme fait journellement quelque incartade. Il fut dernièrement trouver le Chancelier, auquel il dit qu’il venoit lui remettre des remarques qu’il avoit fait sur le Code de justice que Son Excellence venoit do publier, et dans lequel il y avoit de grandes absurdités, particulièrement en ce qui rcgardoit les lettres de change. Le Chancelier témoigna lui savoir gré de ses remarques, lui promit d’en profiter pour l’avenir; mais le pria do trouver bon que jusqu’au iugement de son procès les choses restassent sur l’ancien pied. Le poète qui ne s’attendoit pas à être ainsi renvoïé, sortit fort en colère... moi qui suis comme les mineurs, qui ne peuvent point faire de lettre de change, ie n’ai point examiné l’article du Code qui en fait mention, et ie me suis contenté d’y trouver ce que personne n’ignoroit avant le Code, savoir que l' autorité du père sur le fils cesse par la mort du père ou par la mort du fils. C’est pourtant ce que M. le Chancelier nousadonné comme une pensée toute nouvelle1 * * IV.. Son fils, qui est ici dans les gardes, à qui ie fis remarquer il y a quelque tems cette absence de son père, me répondit plaisament que ie ne

1. Ce Code, traduit par Formey en français, sous le litre de Code dr Frédéric, en un volume in-folio, n’élalt pas à l’abri de la censure des gens compétents, et laissait fort à désirer à beaucoup d’égards.

<• J’ai vu de très-habiles jurisconsultes, .M. le président de Robeur, par exemple, critiquer amèrement plusieurs articles importants de ce Code, et même en démontrer l’inconvenance à Frédéric lui-même. » Dieudonné Thlébault, Souvenirs de vingt ans de séjour ù Berlin

(Didot, 1860), t. Il, p. 95.

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