INDULGENCE DE LA MARGRAVE
Soit qu’elle soupçonnât quelque exagération dans les récits furibonds de Frédéric, et que des renseignements plus récents de Pollnitz eussent sensiblement allégé le poids des charges, soit que son admiration la prédisposât à beaucoup d’indulgence, la princesse, dans sa réponse à la lettre du poète, est aimable, gracieuse, et se borne à plaisanter « frère Voltaire » sur son étrange aventure. « Vous me mandez des choses bien extraordinaires : Apollon est en procès avec un juif! Fi donc! Monsieur, cela est abominable. J’ai cherché dans toute la mythologie, et n’ai trouvé ombre de plaidoyer dans ce goût au Parnasse... J’espère que votre israélite aura porté la peine de sa fourberie, et que vous aurez l’esprit tranquille l. » Si la margrave ne paraissait pas attacher une sérieuse importance aux préteudues friponneries de l’auteur de Zaïre , la disgrâce, qui tenait celui-ci à distance de Polsdam,nc lui avait pas davantage fermé l’intimité des princes ; et c’est dans sa ettre mémo à « sœur Guillemette, » qu’il parle du Sydney de Gresset, joué chez le prince Henri, et à la représentation duquel il assistait, non sans répulsion pour cette pièce lugubre et maussade. Il fallait, en tous cas, dissiper dans l’esprit du maître l'impression fâcheuse que cette affaire encore à juger lui avait aissée. Il convient qu’il n’a que ce qu’il mérite, qu’il s’est conduit comme un enfant, comme un étourneau, comme une tête sans cervelle. Il n’en est pas à s’en repentir, à en faire son meâ culpâ, et donnerait tout pour ne s’ètre pas empêtré dans un méchant pro-
t. Voltaire, Œuvre» complète» (Bcueliot), t. I.V, p. 565. I.etlre de la margrave de Bayreutli; le 18 février 1751.