‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 13 sur 431 · UNE AGRÉABLE SURPRISE · texte numérisé non relu

UNE AGRÉABLE SURPRISE

présent un compte pour un opéra qui ne doit pas encore avoir lieu *. » Tantôt enfin, il terminera un billet où il prêche la « meilleure économie » à propos d’un ouvrage nouveau, par ce post-scriptum : « Faites des amours à bon marché, car à mon Age on ne les paye plus cher 2. »

Pour en revenir à d’Argens, Frédéric aimait son esprit, son érudition, et affectionnait sa personne; l’on a remarqué, qu’après Voltaire, c’est à lui qu’il a adressé le plus de lettres’. Avec les années tout cela tournera à l’aigre; mais, à l’heure où nous sommes, d’Argens était en pleine faveur, comme le démontre cette lettre inédite, dont nous avons extrait déjà un fragment relatif à Thiéiot, et dans laquelle éclate la reconnaissance enthousiaste du marquis.

Vous aures apris que le roy m’a fait pressent d’une très jolie maisson de campagne à cent pas de Sans-Souci et à deux cent pas de Potsdam. Cette maisson avoit apartcnu à Son Altesse Royale le Malgrave Guillaume, qui fut tué devant Prague. Le roy a eu encor la bonté de me faire expédier un arest du Grand Consistoire (c’est notre Conseil d’État), en vertu du quel je puis vendre, donner, laisser à mes héritiers la ditte maisson qu'il m’avoit donnée comme une marque de son amitié toute particulière. Ce sont les propres termes. Depuis quelques jours, il m'a envoié ches moy du velours sizelé pour faire un canapé et les fauteuils d’un apartement. Il me fait bâtir actuellement deux ailes à ma maisson. Et ce qui vaut autant que tout celia, il me dit il y a deux mois ces propres paroles : Mon cher mar

t. Blase de Burjr, le Chevalier de Chntol (Paris, Lévy, 1862), p. 256. Lettre de Frédéric à Pollnitz ; à Potsdam, ce 20 juillet 1767.

2. Ibid., p. 257. Lettre de Frédéric à Pollnitz ; à Potsdam, 22 septembre.

3. OEuvres de Frédéric le Grand (Berlin , Preuss.), t. XIX , p. x , Avertissement.

Page 1