L'OPINION PEU FAVORABLE AL' POETE
du margrave Charles1. Mais enfin Voltaire y était bafoué, vilipendé; l'on pouvait être indulgent sur le reste. Si l’opinion fut loin de lui être favorable, des esprits calmes, sans parti pris, nous le représentent comme l’objet de l’exploitation de l’honnête israélite3. On sait désormais quelles accusations l’on peut porter contre l’auteur de la Henriade , qui, en fait d’agio et • d'entreprises de finances, à l’exemple de son temps et de ses contemporains, avait peu de scrupules. Frédéric en avait-il beaucoup plus? Chaque société, chaque peuple a sa morale propre, selon ses besoins et ses intérêts; une morale fort élastique, qui permet, souffre tout au moins, ce que réprouve la morale absolue.
t. L’abbé Dénina, la Prusse littéraire «oui Frédéric I T (Ue rlfn, HUI), t. III, p. 165, 166. Mérian écrivait, à cet égard, à Charles Monnet : « Après la mort du roi, on publia dans ses œuvres une facétie intitulée Tantale en procès. Cette platitude n’était point de lui, mais d’un bouffon dn margrave Charles, nommé Potier. Ce bouffon jouait le premier jour de chaque pois devant Son Altesse royale une soi-disant comédie de sa composition , où il faisait seul tons les rôles, cl qui roulait sur les événements du temps. Celle-ci étant jouée lors du procès édifiant entre les deux juifs Hirsch et Voltaire (Mérian avait scs raisons de ne pas aimer le poète), excita quelque attention, vu surtout que le poêle bouffon contrefaisait à merveille la voix et les grimaces de Voltaire. On la lui fil répéter dans des maisons particulières pour de l'argent; et j’ai moi-même assisté à une représentation de celle farce. Comme il en donnait aussi des copies en sc les faisant payer, elle sera parvenue de cette façon dans le portefeuille de M. Dargel, dont les héritiers auront été bien aises de vendre toute leur provision littéraire sous un nom qui en renchérissait bien le prix. 11 en sera de même de je ne sais combien de pièces mises sur le compte du roi Frédéric. » Lettre de Mérian à Bonnet (Manuscrits de la bibliothèque de Genève), reproduite par M. Sayous, dans le Dix-huiiièmc siècle ù l’étranger (Arnyot, 1861), t. Il, p.24 4.
2. Longchamp et Wagnière, Mémoires sur Voltaire (Paris, 1826), t. II, p. 811. Lettre de M. Marschall, conseiller privé du roi de