‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 140 sur 431 · ANXIÉTÉ DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

ANXIÉTÉ DE VOLTAIRE

droit de refuser à celte épître, plus éplorée qu’agressive, c’est à croire, le caractère insultant que lui attribue M. Stahr. Quant à Lessing, il le prend sur un ton léger et badin, qu’il peut penser très-français, mais qui n’est point ici à sa place. Il n’a pas prévu tout d’abord les suites de son étourderie; mais l’anxiété manifeste de l’auteur du Siècle de Louis XIV a dû suffire pour lui en faire sentir la gravité ; etn’eussentété que les conséquences qui en pouvaient résulter pour son ami, il eût dû regretter d’être la cause de tout cet émoi. Disons, en outre, qu’il ne se pressa pas trop de tranquilliser son monde; au moins, se passa-t-il un courrier sans qu’on entendit parler de lui. On connaît Yoltaire, on sait quel chemin faisait son imagination en quelques heures, et jusqu’à quel degré d’exaltation pouvaient aller des craintes d’ailleurs très-fondées et très-légitimes, quoi qu’en dise l’auteur de la vie de Lessing. M. Stahr trouve étrange que Voltaire ne soit pas de prime abord convaincu de l’innocence de Richier. Eût -ce donc été la première infidélité de ce genre dont il eût eu à se plaindre de la part de serviteurs qu’il pensait scrupuleux et délicats? Est-ce que le prédécesseur même de Richier n’avait pas été chassé pour avoir livré au prince Henri une copie de la Pucelle'l Est-ce qu’enfin, quelques mois plus tard, madame Denis ne faisait pas, auprès du lieutenant de

1. ■ Ce grand flandrin de Tinois n'a pas résisté aux prières et aux présents du prlnre Henri, qui mourait d’envie d’avoir Jeanne et Arjnls en sa possession. Il a transcrit le poème, il a livré mon sérail au prince Henri pour quelques durais. J'ai chassé Tinois; je l’ai renvoyé dans son pays. » Voltaire, Œuvres complétés (Üeucliol), t. LV, p. 536. Lettre de Voltaire à madame Denis ; lierlln, le 3 Janvier 1751.

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