PRÉSOMPTIONS DÉFAVORABLES
police, des démarches pour recouvrer les manuscrits dérobés par notre Longchamp 1 ? Voltaire ne simule pas des appréhensions qu’il n’a point; il n’est que trop réellement alarmé sur le sort de son livre; et, à notre sens, ce n’est pas sans cause. Sait-il même au juste où relancer le fugitif, dans le cas où il ne s’exécuterait pas de bonne grâce? L’adresse seule de la lettre qui va suivre prouve l’incertitude sur laquelle il est de la direction que Lessing a prise2. M. Stahr appelle l’inquiétude du poète une inquiétude pusillanime; cela lui est facile à dire. A l’heure qu’il est, nous connaissons la nature honnête et droite de l’auteur de la Dramaturgie; nous conviendrons qu’il était parfaitement incapable du procédé le moins équivoque. Mais on ne peut pas faire un crime à Voltaire de n’avoir pas deviné tout cela dans ce jeune homme de vingt-deux ans, qui courait le monde avec son Siècle.
Quoi qu’il eu soit, le poète éperdu prendra luimême la plume, et, quel que soit le fond de sa pensée, il saura ménager le coupable et lui laisser ouverte la voie du repentir, tout en lui faisant sentir la gravité de l’imprudence qu’il a commise :
On vous a déjà écrit, monsieur, pour vous prier de rendre l'exemplaire qu’on m’a dérobé, et qu’on a remis entre vos
1. Voltaire. OEuvres complètes (Beuctinl) , 1. 1, p. 308, 369, 370; avril et mai 1751. — l.ongehamp et AVagnièrc, Mémoires sur Voltaire (Paris, 1826), t. Il, p. 345 à 340. Lettre de l.ongehamp à Voltaire; ce 30 mars 1852.
2. Voici l'adresse: « A Monsieur, Monsieur Less'ng, candidat en médecine à Viltenberg. Et, a’il n'est pas à Vitlenberg, renvoyez h Leipzig pour être remis & son père, ministro du St Evangile, à deux milles de Leipzig, qui saura sa demeure. »