BAPTÊME DE SIX JUMEAUX
château ; et, tout malingre, tout mourant qu’il se dit, l’auteur de Mahomet , y couchait la majeure partie de la semaine. 11 retrouvait après un trop long exil, à la table du prince, les Algarotti, les Maupertuis, et se mêlait au petit cercle, tenant son ventre à deux mains, souffrant, travaillant, soupant, espérant toujours un lendemain moins tourmenté de maux d’entrailles *. Frédéric semblait avoir oublié ses griefs; il ne pouvait d’ailleurs se passer des avis, des corrections et des applaudissements du solitaire du Marquisat, auquel, à l’occasion, il dépêchait de petits billets, comme celui qui suit, pour le convier à de mystérieuses solennités. « Je viens d’accoucher de six jumeaux qui demandent d’être baptisés, au nom d’Apollon, aux eaux d’Hippocrène. La Henriade est priée pour marraine ; vous aurez la bonté de l’amener ce soir, à cinq heures, dans l’appartement du père. Darget-Lucine s’y trouvera, et l’imagination de Y Homme machine tiendra les nouveaux-nés sur les fonds a. » Ces six jumeaux étaient les six chants du poeme de Y Art de la guerre, que Frédéric venait de terminer, et dont la consécration devait se faire en présence de ses deux lecteurs, Darget et La Mettrie.
A l’en croire, Voltaire serait l’homme le plus libre, le plus fortuné, s’il avait une santé I. * 3. Frédéric et lui
I. Vollalrc, OEnvres complètes (lleudiol), 1. I,V, p. 592. Lellre de Voltaire à D'Argcnlal ; à PoUdam, le 21 avril 1751.
5. Ibid., t. LV, p. 596. Lettre de Frédéric à Vollalrc. L’auteur de Miropc répondait 5 celte imitation par trois stance* , qui ont été recueillies, OEnvres complètes lieucliot), t. XII, p. 5.J2.
3. Ibid., t. LV, p. 597. Lettre de Voltaire 9 Devaux ; à Polsdam , le 8 mal 1751.