‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 151 sur 431 · J 78 REPRÉSENTATIONS BE D’ARGENTAL · texte numérisé non relu

J 78 REPRÉSENTATIONS BE D’ARGENTAL

laissé ni convaincre ni fléchir ; le passé n’a déjà donné que trop raison à ses prévisions, et il n’augure pas mieux de l’avenir, malgré tout ce que son inconstant ami met en avant pour le rassurer et légitimer une détermination, que l’on a peine à lui pardonner. La lettre qui suit est curieuse, elle fait trop d’honneur à l’attachement des deux anges, et elle est trop dans le vrai de la situation pour que l’on n’en reproduise pas les parties les plus caractéristiques.

Vous savez combien votre départ m’a affligé ; votre résolution de quitter ce pays-ci, m'a désespéré; j’ai été louché et piqué au dernier point; mais le dépit n’a pas duré, la douleur seule est restée. Je n'ai pas douté do vos remords; ils sont venus. Vous avez senti dans toute son étendue le regret d’avoir quitté la patrie la plus aimable, la société la plus douce, et les amis les plus tendres.

...Le roi, malgré ses torts, est encore la seule consolation que vous puissiez trouver dans le pays où vous êtes. Vous êtes entouré d'etinemis, d’envieux, de tracassiers. Ou se dispute, on s’arrache une faveur, une confiance, que personne ne possède véritablement. Le rui est une coquette qui, pour conserver plusieurs amants, n’en rend aucun heureux. Celte cour orageuse est cependant le seul endroit où vous puissiez vivre; hors de là il n’y a aucun être qui mérite que vous lui parliez. Enfin vous avez fui des ennemis que du moins vous ne vov iez pas, pour en trouver d’autres avec lesquels vous vivez sans cesse. Vous avez cherché la liberté, et vous vous êtes soumis à la contrainte la plus grande. Vous avez cru vous mettre à couvert de l’envie, et vous n’avez fait que vous approcher des envieux, et vous exposer à tous leurs traits *.

Et Voltaire ne sentait que trop, au fond, la justesse de ces observations d’un ami , qui ne frappait avec

1. Voltaire, OEuvret complttes (Bcuchot), t. LV, p. C20, C3U. Lettre de il" Argentai à Voltaire; à Paris, ce 6 août 1751.

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