JUGEMENT SÉVÈRE D’UN ÉTRANGER
cette dureté que dans l’espérance d’amener et de hâter son retour. D’Argental met le doigt sur la plaie. Toute honte bue, le poëte a raconté ses chagrins et les tracasseries de cette cour, où tous se disputent la faveur du prince. En France, il y avait la cour et la ville : était-on mécontent de la première , la seconde vous offrait ses compensations. Mais, en Prusse, dans ce sens intelligent et sociable, la ville n’existait pas; et c’est ce qu’un étranger, une personne qui connaissait son Europe, constate également et non moins nettement, dans une lettre datée de Itcrlin même, en septembre 1752. «Si les bontés de son maître, mandait le baron Scheffer à madame du Deffand au sujet de Voltaire, ne lui tiennent pas lieu de tout, il me paraît fort à plaindre ; car en vérité, hors le maître, ce paysci ne peut pas retenir quelqu’un qui a connu la bonne compagnie du pays où vous êtes1. »
Madame Denis, dont le séjour en Prusse ne faisait pas les affaires, qui n’entendait pas sortir de France et que toutes les promesses trompeuses de Voltaire avaient exaspérée, décoche, de son côté, desépitres médiocrement respectueuses, etlui signifie qu’elle renonce absolument (son absence dût-elle se prolonger dix ans) à surveiller ses intérêts à la Comédie française, contre laquelle, du reste, elle avait des griefs personnels. Elle eût voulu le fixer par quelque acquisition, pas trop loin de Paris, notamment en Normandie; et elle charge l’ami Cideville de leur chercher une maison dans son
1. Correspondance complète de madame du Deffand (l’Ion, 1805), t. I , p. ISO. l.i' Il re do Sclieffer a madame du Deffand ; Berlin, 26 septembre 1152,