‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 163 sur 431 · VOLTAIRE S'OBSTINE · texte numérisé non relu

VOLTAIRE S'OBSTINE

On se disait des mots tendres, et l'on feignait un abandon et une sécurité que l’on ne pouvait plus avoir. Si Frédéric soumettait à son reviseur ses moindres ébauches, Voltaire n’eût rien voulu publier sans avoir l’avis et l’approbation de cet esprit si sûr et si délicat. « Je demande en grâce à Votre Majesté, lui écrivait-il, de lire ma Rome. Votre gloire est intéressée à ne laisser sortir de Potsdam que des ouvrages qui soient dignes du Mars- Apollon qui consacre cette retraite à la postérité. Sire, il faut, sauf votre respect, que vous et moi, pardon du vous et du moi, nous ne fassions que du bon, ou que nous mourrions à la peine » Si ces chatteries ne font que dissimuler imparfaitement la contrainte qui règne au fond des cœurs, au moins indiquent-elles la volonté, chez Voltaire, de ne pas déserter le champ de bataille et de demeurer, coûte que coûte. Aux amis, à la nièce, l’on objectera que le Siècle de Louis XIV est sous presse à Berlin et une nouvelle édition des œuvres en préparation à Dresde ; le moment serait mal choisi pour entreprendre un voyage qui n’est que différé 1 2 3. Ce ne sont là que des prétextes ; malgré les dégoûts, on s’obstine. Après tout, l’on est le conseiller et l’ami d’un grand roi; et cela vaut ceut fois mieux, en dépit des picoteries, des coups dégriffé, que plier l’échine à Versailles et retrouver à Paris la même animosité, les mêmes haines, les mêmes persécutions; card’Argental avait beau dire, tout cela ne s’étaitapaisé

1. Voltaire, OEuvrei complètes (Beuchot), t. LV, p. 637. Lettre de

Voltaire à Frédéric.

3. Ibid., t. LV, p. 644. Lettre de Voltaire à d‘ Argentai; à Berlin, le 78 août 1741.

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