‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 164 sur 431 · ÉCHANGE DE MADRIGAUX · texte numérisé non relu

ÉCHANGE DE MADRIGAUX

qu’à la condition qu’il demeurerait éloigné. Mais bientôt certains indices, certaines révélations viendront jeter le poëte dans une inquiétude et des perplexités qui avaient bien leur raison d’être, comme on en pourra juger.

Voltaire, dont les relations étaient tendues avec plus d’un, avait aussi ses amis. L’esprit, la folie de La Mettrie, cette impertubable gaieté avaient trouvé grâce devant lui ; et, s’il fait, à l'occasion, bon marché de son jugement etde sa raison, il le proclame d’agréable et d’amusante humeur, et lui témoigne de l’affection. Il le chante et le persifle en vers, mais de façon à flatter plus qu’à blesser l’auteur du Machiavel en médecine , qui n’était intraitable qu’à l’égard de ses confrères.

Je ne suis point inquiété Si notre joyeux La Metlrie Perd quelquefois cette santé Qui rend sa face si fleurie ;

Quelque peu de gloutonnerie Avec beaucoup de volupté Sont les deux emplois de sa vie.

Il se conduit comme 11 écrit;

A la nature il s’abandonne,

Et chez lui le plaisir guérit Tous les maux que le plaisir donne.

Muses, Grâces, tendres Amours,

Avec lui finit votre règne I

Et La Mettrie de répondre :

Moi, je suis fort inquiété Quand des auteurs le plus illustre,

A peine à son douzième lustre,

Jouit d’une faible santé;

Je crains que de ses heureux jours Le flambeau brillant ne s’éteigne, iv. 13

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