ESPIÈGLERIE DU PRINCE GUILLAUME
gens de son église, qui étaient plus intéressés à cacher qu’à relever ces inconséquences. Mais l’unité de foi ne le sauvait pas toujours des railleries qu’il fallait bien supporter, parce qu’elles venaient de haut, et que d’ailleurs elles étaient méritées.
Le jeune prince Guillaume rie Brunswick, ajoute Thiébault, en me parlant du silence respectueux dans lequel il se renfermait à la table du roi, son oncle, ine disait que, seulement lorsque la conversation paraissait languir, il avait soin de pousser quelque plat devant celui des convives qui semblait vouloir en prendre, mais de le pousser de manière à renverser une salière; sur quoi le roi ne manquait pas de s'écrier; « Ah! mon neveu, qu’avez- vous fait? Prenez garde que le marquis ne s'en aperçoive! Eli! vite, vite! jetez une pincéede sel au feuijetez-on une autro par-dessus votre épaule gauche , mais en riant. » Et voilà comment, me disait ce jeune prince, il ranime la conversation pour au moins un quart d’heure >.
Cet antagonisme entre les préjugés invétérés de l’éducation et un esprit d’examen et de négation, qui prétendait ne rien laisser debout de ce qui ne satisfaisait point la raison pure, n’est pas un phénomène sans analogie à cette époque, et le marquis n’est pas le seul exemple, à la cour même de Frédéric, de cette 11agrante inconséquence entre les habitudes et les principes. Dans un voyage où il avait Maupertuis pour compagnon de lit, d’Argens aperçoit l’auteur de la Vénus physique se mettant à genoux et se préparant à dire ses prières du soir. « Maupertuis, que faites-vous? s’écrie-t-il. — Mon ami, nous sommes seuls, répondit le président de l’Académie de Berlin. » La Mettrie, La
1. Dieudonné Thiébault, Souvenirs de vingt ans de séjour ù Berlin (Didol, 1900), 1. 11, p. U90.