SENTIMENT DE VOLTAIRE A CE PROPOS
se soit communiquée. Cela feragrand tort à l’écrivain; mais avec cent cinquante mille hommes, ou se moque de tout, et on brave les jugements des hommes *. » Et, pour couronner l’œuvre, Frédéric eût donné six cents livres de pension à une « fille de joie » que LaMettrie avait amenée de Paris, après avoir abandonné femme et enfants 2. C’est encore Voltaire qui nous dit cela, mais à une date où il serait imprudent de le croire sur sa parole, aussitôt qu’il est question de ce Marc-Aurèle d’autrefois qui s’est changé en Denis le Tyran et en « Luc » .
Le poêle ne pardonnait pas à l’auteur de l 'Homme machine d’être parti sans l’avoir sorti d’angoisses, par oui ou par non. « J'aurais voulu demander à La Métrie, à l’article de la mort, des nouvelles de V écorce d orange. Cette belle âme, sur le point de paraître devant Dieu, n’aurait pu mentir. 11 y a grande apparence qu’il avait dit vrai. C 'était le plus fou des hommes, mais c’était le plus ingénu... » Et comment allier ces noirceurs avec
1. Voltaire, Œuvres complétés (Beuchol), t. LVI, p. tt. Lettre de Voltaire A Richelieu ; à Berlin , le 27 janvier 1752. Une choie à remarquer et que fou remarqua, c'est que Voltaire n'assisla pai A la séance où l’éloge fut lu, quoiqu’il eût écrit qu'il • avait diipoié son corps cacochyme A ne lui pas refuser le service, et A grimper A l’Académie; s il s’en excusa, tanlôt sur ce qu'il s’élalt trompé de jour, tantôt sur ce qu’il n'avait pas éié convoqué. Quant A Frédéric, il ne fut pas sans s’apercevoir du blAuie respectueux qu'il s’élait attiré de la part des personnes les moins austères, a SI j'ai loué La Mellrie, disaitil , ç’a élé pour épargner cette besogne au secrélaire perpétuel. » A )a bonne heure, et Formey dut lui en être fort reconnaissant, bien qu’il n’y paroisse guère. Christian Barthoimèss, Histoire philosophique Je l’Académie de Prusse (Parig, 1850), t. I, p. 273.
2. Ibid., t. XL, p. 88, 89. Mémoires pour servir A la vie de M. de Voltaire, écrits par lui-méme. Il n'avait eu qu’une Cille de sa femme, comme on l’a dit plus haut, p. 36.