RETRAITE DE CHASOT
le langage affectueux, les doux propos de la coquette royale? « 11 me disait hier, devant d’Argens, qu’il m’aurait donné une province pour m’avoir auprès de lui ; cela ne ressemble pas à l’écorce d'orange. Apparemment qu’il n’a pas promis de province au chevalier de Chasot. Je suis très-sûr qu'il ne reviendra point. Il est fort mécontent, et il a d’ailleurs des affaires plus agréables1... »
Nous parlions plus haut de phrases de rhétorique; si Frédéric surfait sur l’estime et la vénération que lui inspire La Mettrie, ses regrets furent sincères. La Mettrie était encore celui qui l’amusait le plus de tous ceux qui l’entouraient. C’était, en définitive, un concertiste de moins, et sa mort parut être le signal de désertions successives qui finiront par faire le vide autour du philosophe de Sans-Souci. Voltaire disait vrai à l’égard de Chasot. Chasot s’en allait pour ne plus revenir. Depuis longtemps les relations étaient tendues entre le roi et ce dernier. Frédéric avait de durs moments avec ceux qu’il affectionnait le plus ; et ses sévérités et ses rudesses ne devaient être que plus sensibles pour les intimes qu’il avait habitués à ne voir que l’hôte et l’ami dans le maître et le souverain. Si le chevalier eut à essuyer des dégoûts, il serait peu équitable de prétendre qu’il ne se les fût attirés d’aucune sorte. Chasot, dont nous avons indiqué la nature chevaleresque, l’intrépidité, le dévouement, l’esprit, avait les défauts inhérents à ses qualités ; il était joueur, débauché, prodigue, répandaut l’argent
1. Voltaire, OEuvres complètes (Beuchol), t. LV, p. C97. Lettre île Voltaire à madame Denis; à Potsdam, le 24 décembre 1761.