‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 174 sur 431 · SAILLIE PLAISANTE · texte numérisé non relu

SAILLIE PLAISANTE

sans compter, et par conséquent souvent réduit aux expédients. Le chevalier longtemps usa et abusa de la bourse de Frédéric, qui finit par se lasser de ces saignées trop fréquentes et fit le sourd à de nouveaux emprunts. Chasot ne supporta pas ces refus sans amertume, il souffrit dans son amour-propre, et n’eut ni la force ni la prudence de renfermer son chagrin. II ne cachait pas son sentiment sur le peu de générosité du roi et s’en expliquait avec une franchise qui n’avait d’égale que le peu de convenance et de retenue de scs paroles. « Je ne sais, disait-il, quel malheureux guignon poursuit le roi; mais ce guignon se reproduit dans tout ce que Sa Majesté entreprend et ordonne. Toujours ses vues sont bonnes, ses plans sont sages, réfléchis etjustes, et toujours le succès est nul ou trèsimparfait, et pourquoi ? Toujours pour la même cause: parce qu’il manque un louis à l'exécution ! Un louis de plus, et tout irait à merveille! Son guignon veut que partout il retienne ce maudit louis, et tout se fait mal1. » Cela peut être piquant; mais on se demande à quoi est-ce applicable, et quelles entreprises ont avorté par faute de cet infiniment petit qui ne pouvait être arraché à la sordide avarice du roi. Sans doute Frédéric était avare, sans doute son économie fut mesquiue et parfois digne d’un autre nom, quand elle alla jusqu'à ne rétribuer ni les travaux commandés ni les services rendus. Mais il faut convenir aussi qu’il avait quelque chose de mieux et de plus urgent que de donner sa Prusse naissante à ronger à des courtisans insa-

I. Dieudonné Thiébault, Sout enir t île vingt ans de séjour à Berlin (Didot, 1800), t. 11, p. 181.

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