MOTIFS QU’ON LUI PRÊTS
cule de dire en vers les François et les Anglois , puisque en prose tout le monde prononce français'.» Il ne se lassera pas de soutenir cette thèse en toute occurrence et à tout propos, et s'efforcera de gagner à sa cause les Pères de l’Église, de la langue et de la grammaire. « Ne serais-je point, dit-il à l’abbé d’Olivet, un de ces téméraires que vous accusez de vouloir changer l’orthographe ? J’avoue qu’étant très-dévoué à saint François, j’ai voul u le distinguer des Français ; j’avoue que j’écris Danois et Anglais : il m’a toujours semblé qu’on doit écrire comme on parle, pourvu que l’on ne choque pas trop l’usage, pourvu que l’on conserve les lettres qui font sentir l’étymologie et la vraie signification du mot1 2. »
Pourquoi cette ardeur, cette passion de réforme? Charles Nodier, qui aime peu Voltaire, n’est pas en peine d’en dénicher la cause. « Cette orthographe a, en effet, dit-il, l’incontestable avantage de vieillir notablement les anciennes éditions de Racine et de Corneille, et de frapper d’avance leurs éditions à venir, si l’on ose en faire, du ridicule d’une orthographe surannée3. » Cette orthographe, après tout, n’est pas de Voltaire. L’année même de la naissance d’Arouet, Réné Milleran publiait une grammaire où, entre autres principes, cette nouveauté semble figurer4; mais il n'eut pas