‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 186 sur 431 · LAURENT ANQLIVIEL DE LA BEAUMELLE · texte numérisé non relu

LAURENT ANQLIVIEL DE LA BEAUMELLE

complètement oublié que ses œuvres sont à l’heure qu’il est introuvables; il eut sorti d’embarras les gens à scrupules qui, tout en applaudissant intérieurement au côté pratique de la réforme, s’obstinaient à maintenir l’ancienne orthographe, en haine de l’abominable auteur de tant de livres abominables1 2.

Hélas! le succès s’affirmait h peine, que Voltaire et son Siècle étaient l'un et l’autre atteints par un de ces brigandages littéraires, inouïs jusque là, dont l’impudence était bien faite pour exalter un tempérament plus flegmatique que celui de l’historien de Louis XIV. Mais, avant d’entrer dans le détail des procédés de La Beaumelle, il est indispensable de raconter ce qu’était La Beaumelle, d’où il venait, ce qu’il songeait faire à Berlin, et comment s’attisa, entre deux hommes également violents, une haine que la mort seule pourra désormais éteindre.

Laurent Ângliviel (Voltaire s’amusait à l’appeler Langlevieux) de La Beaumelle* était né à Valleraugue (Gard) , le 28 janvier 1726 , d’une famille appartenant à la bourgeoisie protestante. Son enfance

1. On vit les religieuses de Sainte-Marie d’En-Haut, de Grenoble, dont le pensionnat était fréquenté par les jeunes tilles des meilleures familles, s'acharner, en pleine Restauration , contre un changement consacré depuis plus de soixante-dix ans, parce qu'il avait été introduit dan» l'orthographe par Yinfûme Voltaire. Nous devons ce renseignement à un magistrat distingué, qui, d&nB sa jeunesse, était fort au courant de ce qui se passait dans celte patrie de Condiilae, de Mahly et de Uarnave.

2. Ce nom notait pas le sien. C’était le nom qu’un do ses oncles maternels avait adopté pour se distinguer des autres personnes do sa famille. Michel Nicolas, Notice sur la vie et les écrits de Latent Angliviel de La Beaumelle (Paris, Cherbuliez, 1852], p. 3.

LE COLLÈGE D’ALAÎS.

et sa jeunesse fussent demeurées obscures, sans Voltaire, qui nous donne sur ses commencements et sur sa vie de collège les renseignements les plus curieux, (nous nous garderons bien de dire les plus authentiques), dans une addition au mot quisquis du Dictionnaire philosophique, recueillie par Decroix, mais que Voltaire, pour une cause ou pour une autre , garda dans ses papiers sans la publier.

Feu M. d'Avéjan, évôque d’Alais, y fonda un collège de vingt cinq bourses pour vingt cinq jeunes gens, fils de père ou do mère protestants, afin de les faire élever dans la religion catholique. N... Angliviel a été de ce nombre. Il était fils d’un soldat irlandais qui s’était marié à Valrogues (lisez : Valloraugue), gros bourg du diocèse d'Alais avec mie protestante; et voilà pourquoi son fils, qu’il avait laissé orphelin en bas âge. fut du nombre de ces vingt cinq, M. l'évèque ne voulant pas lui laisser sucer avec le lait les erreurs de sa mère. Il fit de bonnes études dans ce collège alors très-bien composé. Il se distingua par quelques prix qu’il eut, et plus encore par de petites fripon, neries. M. Puecli en était alors principal. Cotait de son nom qu’étaient signées les petites marques de distinction qu’on donne aux écoliers et qu’on appelle exemptions. M. Puech en avait signé à la fuis plusieurs mains; la feuille en contenait soixante quatre ; le sieur Angliviel en vola quelques mains, et les vendit aux écoliers à deux ou trois sous la pièce. Ces mains de papier étant épuisées, et ce commerce étant très-lucratif, ledit sieur en vola d'autres ou les acheta chez l’imprimeur. La signature de M. Puech y manquait ; ce ne fut pas un obstacle ; elle fut si parfaitement imitée que M. Puech lui-môme y fut trompé, et le trafic alla son irain.Cette adresse inspira de nouvelles idées audit Angliviel. Il se servit de celte signature pour avoir chez le nommé Portalier, pâtissier, de quoi déjeuner avec friandise durant un certain temps. Cela fut enfin découvert, et Angliviel qui venait de finir sa rhétorique, fut chassé honteusement du collège, quoiqu’il dût y rester encore deux ans. C’était en 1744 ou 1745, je ne peux assigner l’époque précise. Alors Angliviel fit entendre à sa mère protestante, que c'était parce qu'il avait

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