‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 187 sur 431 · DÉPART DU JEUNE ANGLIVIEL · texte numérisé non relu

DÉPART DU JEUNE ANGLIVIEL

paru faire sa première communion & la catholique, malgré lui, qu’on l’avait renvoyé. La mère pénétrée d'un zèle pour le calvinisme que la persécution échauffait encore dans ce temps-là, lui fournit les moyens de s’expatrier et d’aller à Genève où il pourrait devenir ministre du saint Évangile. Angliviel partit; mais comme il se croyait déjà quelque chose, il s'imagina que le gouvernement avait les yeux ouverts sur lui, vu le lieu, l'objet et le genre de son éducation; et conséquemment il prit le nom de La Beaumelle pour se dérober à des recherches qu’on n’avait pas envie de faire *.

Tout cela a un ton d’autorité qui s’impose. Voltaire qui , à coup sur', n’alla aux renseignements sur le compte de La Beaumelle que lorsqu’il y fut intéressé, par la guerre à outrance que lui faisait celui-ci, ne dit pas de quelle source lui vinrent ces détails biographiques. Il faut convenir que, si ces anecdotes de collège sont de pure invention, elles ont un notable cachet de vérité et que, n’étaient le ressentiment implacable du poète et le peu de concordance de certaines dates et de certains faits avec des témoignages aussi absolus que le sont des actes d’étatcivil, on n’oserait émettre le moindre doute sur des assertions tellement circonstanciées, qu’elles semblent porter avec elles leur conviction. Cependant, si tout n’est pas mensonge ou erreur, nous sommes obligés de convenir, après révision, que bien des inexactitudes capitales viennent saper par la base ce petit récit qui, fût-il vrai dans toutes ses parties, ne dépose pas d’une façon aussi définitive qu’on affecte de le croire contre le jeune Angliviel. L’on n’aime pas ces

I. Voltaire, OEuvrei compléta (Beucho(|, t. XXXII, p. 81 à 84. Dictionnaire philosophique, au mot : quluptli.

FAITS CONTnOUVÊS.

sortes d’habiletés dans un enfant; mais les incidents, niais le but peuvent pallier ou aggraver les torts, et nous ne voudrions voir ici qu’un écolier friand, qui, par son industrie, trouvait le moyen de fournir à ses déjeuners et de les rendre plus abondants. Sans doute, si l’on assigne comme terme de ces manœuvres blâmables les années 1744 ou 1745 , Angliviel n’eût pas eu moins alors de dix-huit à dix-neuf ans. Mais on semble hésiter sur la date précise, et, à cette époque, celui-ci n’était plus au collège; car il quitta la France à la fin de 1745, après avoir essayé, durant un temps plus ou moins long, du commerce auquel, il est vrai, il renonça bientôt. Arrivons aux faits erronés. Le père de La Beaumelle n’était ni Irlandais de nation, ni soldat, ni catholique ; il était négociant de profession et protestant de religion. Sa mère, Suzanne d’Arnal, ne pouvait, par ferveur de secte, avoir envoyé son fils dans la ville de Calvin, par une raison trop concluante : elle était morte dès 1729. En revanche , Angliviel père mourut beaucoup plus tard, six ans après les événements que nous allons raconter, en 1757. Cette confusion de personnes n'infirmerait pas d’une manière absolue l’historiette du collège d’Alais, et il serait peut-être permis d’admettre que tout n’en est pas inventé. Au fond, que nous importe? Ce qui serait, à coup sûr, moins indifférent , ce serait la conduite équivoque que la même chronique attribue à La Beaumelle, durant son séjour en Suisse.

A Genève, Angliviel se lia avec M. Bauclare, qui en élait alors bibliothécaire. Mademoiselle Bauclare, sa nièce, avait une . petite société de veillée dans la cour du collège. La Beaumelle

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