‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 188 sur 431 · SON SÉJOUR A GENÈVE · texte numérisé non relu

SON SÉJOUR A GENÈVE

y fut admis ; et dans une conversation de femmes, il eut de quoi savoir la chronique scandaleuse de Genève : c’était plus qu'il n’en fallait pour alimenlersa malignité naturelle; mais il fallait, avant tout, se faire un nom. Voici comment il s’y prit. il. de la Yisclède, secrétaire perpétuel de l'académie de Marseille, venait de faire une Ode sur la mort , qui avait été couronnée aux jeux Qoraux; il no s'était point fait connaître. La Beaumelle s’en procura une copie; il la fit imprimer en placard et en in-8, chez Duvillard, la dédia à M. I.utlin, alors professeur d'histoire ecclésiastique, et jouit de la gloire d’ètre à vingt et un ans environ, auteur d'une ode ou il y avait de bonnes strophes. Cette célébrité lui plût; mais il fallait so donner le plaisir do la satire *. En conséquence, d'après ce qu'il avait recueilli des médisances féminines, il composa un catalogue de livres dans lequel il déchira tout Genève. Je ne me souviens que d’un article, et le voici : Le mauvais MOiag'-, opera-comirjue; par Moussieur et madame Gallatin. Tous les autres étaient dans ce goût. Cela futsu, il fut honni, s'intrigua, alla en Danemark, etc., etc.

Ces faits sont tellement précis, les noms propres si nettement indiqués, aussi bien que les méchants tours qu’on lui attribue, qu’il n’y a guère moyen de croire que tout cela soit de pure invention. Mais laissons ces commérages, dont nous faisons moins difficulté d’admettre la malveillance. Après un séjour de dix-huit mois, La Beaumelle quittait Genève et passait en Danemark, où il débarquait, le 15 avril 1747. 11 y avait été appelé par le baron de Gram, qui lui remit l’éducation et la direction de son jeune fils. Dès son arrivée à Co-

1. a Nota. — Il logeait à Genève, chez M. Girandeau l’aîné, auteur de La Banque rendue facile, etc. Il y brouilla et perdit tout; il y traduisit le Catéchisme théologique de M. Ostcrvald ; il y tit quelques fragments satiriques, qui furent insérés dans le Mercure suisse : Je ne peux me rappeler l’année, ni le mois; mais il en est un qui a pour épigraphe ces deux vers de M. de Voltaire, avec un hémistiche gâté :

Courons après la gloire , amtf, l’ambition Est du co*ur dfs humains la grande passion. »

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