‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 19 sur 431 · MADEMOISELLE COCHOIS · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE COCHOIS

A mon retour à Berlin ' je formai le dessein, quoique au milieu de la cour, de prendre un genre de vie qui m’éloignât du tumulte du monde, et qui fût plus conforme au caractère d’un homme de lettres. J'épousai une femme qui pùl par ses connaissances me rendre heureux dans l’intériéur de ma maison- Je ne songeai ni aux richesses ni à la naissance; le bon caractère, la douceur et les talens de l’esprit déterminèrent seuls mon choix, et quelque disproportionné qu'il parût à mon état, le consentement d’un roi philosophe, à qui la vertu et l’esprit paraissent es plus grands avantages, justifia ce choix, qui a fait et fait encore le bonheur de ma vie. Je trouve tous les jours dans madame d’Argens, un ami sensé, un homme de lettres instruit, un artiste éclairé, et une femme complaisante. Les bontés du roi n’ont jamais été diminuées, j’écris ceci dans son palais de Sans-Souci, où il m’a donné un appartement; j’ai l’honneur de lui faire ma cour une partie du jour, et je ne remarque jamais en lui qu’un conquérant qui oublie ses victoires, qu’un roi qui ne se souvient pas de l’étre avec ceux qu’il honore de sa société, et qu’un philosophe complaisant qui excuse toujours les foiblesses humaines, quand elles ne blessent pas la probité *.

Il existait, à Berlin, une famille d’acteurs depuis longtemps attachée au théâtre de cette ville et qui s’était fait estimer par l’honnêteté de ses mœurs. Mme Cochois , que les mauvais plaisants appelaient la reine mère, avait deux filles et un fils. Ce dernier, très-amusant dans les rôles d’arlequin, passa en Russie où il mourut de nostalgie, malgré des succès qui eussent dû l’y acclimater. L’atnée des filles, Babet, était comédienne au Théâtre français, la seconde, qui se nommait Marianne , première danseuse à l’Opéra.

1. Frédéric l’avait envoyé A l'armée de Flandres faire compliment au roi de France sur la victoire de Lawfeld.

2. Marquis d'Argcns, Histoire de l'Esprit humain ou Mémoires secrets et universels de la République des lettres (Berlin, 1168), t. XII, p. 381.

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