INTÉRÊT QU’ELLE INSPIRE A D’ARGENS
Toutes deux, fort bien élevées par leur mère, sans rigorisme déplacé, avec beaucoup de naturel et de tact, avaient su conquérir une considération qu’on n’accordait pas alors aux comédiennes. D’Argens, fou de spectacle, mêlé aux artistes par goût comme par devoir, une fois introduit dans cet intérieur, n’en bougea plus. Il y était venu avec l’idée d’y chercher un délassement qui fît diversion à ses études, loin de penser qu’il y pût trouver autre chose qu’un aimable intermède à ses occupations favorites.
Laissons là Marianne , avec laquelle nous n’avons rien à démêler. Babet, si sa sœur avait la plus jolie figure, était presque laide ; elle rachetait, en revanche, son peu de beauté par beaucoup d’esprit et de raison, du savoir, l’amour de l’étude et de rares facultés. Le marquis, frappé de ces riches dons, encouragé d’ailleurs par la bonne volonté, par l’envie d’acquérir de cette fille sérieuse et intelligente, se mit en tête de lui apprendre tout ce qu’il savait et s’y employa avec une ardeur que seconda merveilleusement son écolière. Il était philosophe, il fallait que Babet le devint aussi. « Vous avez de l’imagination, de la pénétration ; vous avez même de la constance, chose si nécessaire à ceux qui veulent s’instruire, et si rare chez les dames. Pourquoi ne feriez-vous pas valoir des talens aussi précieux? On vous a persuadé que le tems que vous emploierez à des études, qu’on vous dit être ennuyeuses, est un tems perdu, et mov je vous assùre que la philosophie que je veux vous apprendre, sert d’amusement à votre âge, tient lieu d’ami, de compagnon dans un âge plus mûr, et de consolateur dans