MES PENSÉES
melle *. De retour à Copenhague, ce dernier ouvrait son cours par une harangue d’apparat qu’il débitait comme étant son œuvre propre et qui doit être restituée à Méhégan, qui la revendiquait plus tard 2. Cela dénote au moins un esprit plus impatient de célébrité que scrupuleux outre mesure, et qui ne regardait point au choix des moyens. Tel il sera , tel nous le verrons ; et nous n’aurons pas besoin des assertions passionnées de Voltaire pour reconnaître, dans l'auteur futur des Mémoires de madame de Main tenon, une de ces natures audacieuses, sans moralité, comptant sur une verve intarissable, une somme réelle de connaissances, et cette faveur toujours acquise à quiconque injurie et outrage uu grand nom depuis trop de temps applaudi et acclamé.
La dernière année de son séjour à Copenhague, il publiait Mes Pensées ou Qu'en dira-t-on2 ? œuvre, à coup sûr, plus déclamatoire que profonde, où l’écrivain s’érige en moraliste et en politiquede haut vol, donnant la leçon aux rois comme aux peuples; livre décousu, sans lien, sans suite 3, mais vivant, mais tenant sans
t. Racine écrivait, à propos de ces lettres : « ... M. de La Beaumclle ne m'a pas même envoyé un exemplaire, quoiqu'elles lui aient rapporté bien au delà des 200 louis qu'il m’a payé (à ce qu'il dil) pour mon manuscrit... » Laverdel, Catalogne d'autographes, du samedi Il mai 1861, p. 110, n° 1026. Lettre de Racine fils à M**‘; Paris, 26 janvier 1753.
2. Méhégan, Tableau de l’Histoire moderne (Paris, 1778), l. Il, p. vij, Avertissement.
3. La Beaumelle donne une étrange raison du décousu de son livre: « Toutes ces réflexions sont déiocliées, parce qu'il n’est pas permis aux gens sujets aux migraines de penser de suite. » lies Pensées (Copenhague, 1751), p. 406.