DÉMARCHES AUPRÈS DE VOLTAIRE
conservé les traces de ces discussions, où La llcaumelle faisait profession d'une certaine liberté de pensée ’. » Il songeait, en même temps à publier une collection complète de nos classiques; et il s’adressa dans ce but à Voltaire dont il réclamait l’appui. « Il m'écrivit de Copenhague, de la part du roi de Danemark, pour une prétendue édition, ad usum Delfini Danemarki, des auteurs classiques français. Il datait sa lettre du palais du roi. Je le pris pour un grave personnage, d’autant plus qu’il avait prêché; mais, quinze jours après, mon prédicateur arriva avec un plumet à Potsdam 2. » Remarquons, en passant, que Voltaire s’obstine à faire de La Beaumelle une sorte de ministre défroqué; il veut qu’il ait prêché, deux années durant, à Genève, en dépit de l'invraisemblance et de l’absurdité même de l’assertion, car alors La Beaumelle n’avait pas plus de dix-huit ans. « Il avait commencé à prêcher à Copenhague. Il a de l’éloquence, » écrivait-il à Roques, une première fois ; et, pour qu’il n’en ignore pas, il le lui redira une autre fois. Il est à regretter que ses lettres à Anglivicl n’aient pas été retrouvées; mais on se les imagine aisément. La démarche du jeune professeur était flatteuse, et, certes, l’auteur de Zaïre n’était pas homme, en pareil cas, à rebuter son monde par la froideur et de grands airs. Ce fut donc bien gratuitement et sans y avoir été provoqué d’aucune sorte, que notre Anglivicl se donna les torts de l’attaque et s’aventura dans une guerre terrible avec un advcr-
1. Revue des Deux Mondes (15 janvier 1800). t. LXIX, p. :J70. De Vauthenticiti .les lettres de madame de Mainieuon t par A. Gcffrojr.
2. Voltaire, OEuvres tomplètes (Beuchot), t, LVI , p. 263. Lettre de Voltaire à d 'Argentai; à Berlin, le 18 octobre 1752.