‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 193 sur 431 · LA BEAUMELLE EN PRUSSE · texte numérisé non relu

LA BEAUMELLE EN PRUSSE

saire qui ne pardonnait point et eût fait déterrer ses ennemis pour les pendre *. Maisil avait la présomption et l’audace, ces suprêmes qualités du polémiste, qui regarde moins au mal qu’on lui fait qu’aux coups qu’il porte. Quel mal d’ailleurs pouvait-on lui faire? Il attendait la célébrité de ce duel inégal où, par contre, Voltaire ne pouvait que se déconsidérer. Cette tactique n’était pas neuve, elle avait été celle de tous les ennemis du poëte, qui, jusqu’à la dernière minute, tout en lisant dans leur jeu, n’aura pas leflegme qui fait qu’on méprise l’attaque et que l’on se renferme dans un dédaigneux silence.

Qui détermina La Beaumelle à quitter le Danemark où il était revenu avec des idées d’installation définitive? Voltaire nous dit qu’il fut chassé; La Beaumelle répond qu’il fut si peu chassé qu'il ne partit que muni d’un congé en forme et avec la faculté de reprendre son poste quand cela lui conviendrait. 11 avait été recommandé à lord Tyrconnel, qui ne semble pas lui avoir servi d ‘introducteur. En revanche, milord lui eût donné de précieuses instructions sur le mode de conduite qu’il avait à tenir. « Milord Tyrconnel, à qui j’étois adressé, me dit qu’il falloit flatter M. de Voltaire, qui éloit un homme dangereux, et cultiver M. de Maupertuis, parce que M. de Maupertuis étoit un honnête homme, et peut-être le seul de nos François que le roi estimât réellement. » Notez que Tyrconnel était dans les meilleurs termes avec l’auteur de Mérope , et que l’on ne s’exprime pas avec cet abandon, à la première

1 . Madame de Grafipnv , Vie privée de Voltaire et de madame du Châtelet (l’a iis, 1820), p. 113.

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