‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 194 sur 431 · LA BEAUMELLE DINE CHEZ VOLTAIRE · texte numérisé non relu

LA BEAUMELLE DINE CHEZ VOLTAIRE

entrevue, devant un étranger sur la discrétion duquel on ne saurait compter. Milord (et Voltaire nous l’apprend lui-même) ne se refusait pas toujours le petit plaisir de médire de sou prochain ; mais on choisit son monde et son terrain, et la prudence la plus sommaire tient lieu de charité. Le poëte était à Potsdam. La Beaumelle, peu attiré vers Maupertuis « dont le génie n’étoit pas le sien, » mande à Voltaire son arrivée et lui dit que le désir de voir trois grands hommes l’amenait en Prusse; et quoiqu’il ne fût que le second, il le verrait le premier. Il alla à Potsdam le 1er novembre I7ÎJ1. Voltaire le retint à dîner. La Beaumelle a raconté cette entrevue qui ne dura pas moins de quatre heures et nous donne la mesure du personnage.

Il me questionna beaucoup et même jusqu’à l'indécence. Toutes ses questions aboutissoient à savoir si j’avois des desseins sur la place do La Métrie, dont on venoit d’aprendre la mort ; comme j’avois un objet un peu plus relevé, et que j'étois chez lui pour lui rendre des hommages, et non pour lui faire des confidences, toutes mes réponses aboutirent à lui faire entendre que j’étois fort éloigné d’aspirer à remplacer La Mettrie.

11 me demanda quels éloient les 2 autres grands hommes que je venois voir; je lui dis que l’un étoit le roi : oh! me répondit-il, il n'ea pas si aisé de le voir1 2, et l'autre? M. de Maupcrtuis.il sourit amèrement, il me parut qu'il auroit mieux aimé que ce fut Mr l’elloulier, auteur d’une excellente Histoire des Celtes *.

1. Ce passage est un pen modifié dans la Réponse au Supplément du Siècle de Louis XIV (A Colmar, 1751), p. 122. a 11 n'est pas si aisé de voir le R. P. abbé. » Disons, A ce propos, que nous avons cru devoir citer de préférence le premier jet. Mais nous aurons soin de signaler les changements quelque peu signitlcalifs.

2. Simon Pclloutier, membre de l'Académie des sciences de Berlin et son bibliothécaire. Voir son Éloge, par Forme;, 17 57.

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