‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 2 sur 431 · DÉPART POUR CONSTANTINOPLE · texte numérisé non relu

DÉPART POUR CONSTANTINOPLE

Aix, s'éprend d’une comédienne du nom de Sylvie, s’enfuit avec elle en Espagne où leur mariage se fût conclu , si l'intervention d’officieux et la diligence du père ne l’eussent empéché. D’Argens ne voulut pas survivre à un pareil coup. Il tenta de s’empoisonner. Heureusement, s’aperçut-on vite de cet acte de démence et parvint-on à le sauver en lui faisant avaler de l'huile, qui par des vomissements arrêta au passage le verre pilé qu’il avait absorbé. Ramené en France, il se vit enfermer par lettres de cachet dans la citadelle de Perpignan. 11 y demeura six moix, au bout desquels son père se laissa fléchir. 11 avait demandé lui-même à suivre M. d’Andrezel, intendant du Roussillon, qui venait d’être nommé à l'ambassade de Constantinople, et le procureur général donna son plein acquiescement, espérant sans doute que les voyages assagiraient ce naturel ardent et impétueux. On s’embarqua à Toulon pour Alger, où notre ministre avait à faire signer le renouvellement de la paix. D’Argens, durant ces pourparlers, poussait l’extravagance et le mépris du danger jusqu’à s’introduire chez une belle Algérienne que la surprise lui livra, et à se mettre dans le cas, comme il le dit, ou d’être Turc, ou d’être empalé1. Mais le péril l’enivrait, et on le verra, à Constanliuople, aller au-devant d'une mort presque certaine pour le seul plaisir de satisfaire ses âpres instincts de curieux2. Ce séjour en Turquie ne fut pas, on le suppose bien, sans aventures; mais nous renverrons aux Mémoires de

Page 1