BABET PHILOSOPHE
la vieillesse » Et mademoiselle Cochois de répondre intrépidement: « Eh! pourquoy craindrois-je de devenir entièrement phdosophc ? Vous devez bien vous défier de vous-même, si vous ne pensez pas que vos leçons m’ont guérie d'une erreur qui n'est que trop ordinaire à mon sexe. »
Sur cela, l’on se précipite, tête baissée et sans broncher, dans les pierreux et obscurs sentiers de la métaphysique. Chemin faisant, il arrive au maître de conter des douceurs à l’écolière qui l’en relève assez lestement. « Les réflexions que vous m’avez engagée à faire sur ce que vous me disiez, n’ont fait encore qu’augmenter en moy cette haine pour tout ce qui peut nous ravir la liberté. Je suis persuadée que vous vous étiez flatté du contraire. Les hommes se figurent qu’il est impossible que les femmes pensent au plaisir d’être aimées, sans qu’elles succombent à la tentation. Si vous avez conçu de moy-même une idée aussi peu équitable, vous avez eu tort3.» Mais ce ne devait pas être là son dernier mot. D’Argens s’appliqua à cultiver et orner ce génie facile et malléable, et à l’initier à toutes les branches des connaissances humaines. Il était musicien, il était peintre; ii lui apprit la musique et lui enseigna la peinture. Elle sut l’allemand, l’italien, le latin, un peu de grec. Sa complaisance ne s’arrêta qu’à l’hébreu, dont l’alphabet la rebuta. D’Àrgens faisait des livres, elle en fit avec lui. C’était, en un mot, un mariage in-
1. Lettres philosophiques ei critiques , par Mademoiselle Co*** , avec les réponses de Monsieur d'Arg*** ( la Hâve, 1744), p. 3. Lettre I.