‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 203 sur 431 · RÉCIT DE LALANDE · texte numérisé non relu

RÉCIT DE LALANDE

taire; il vit combien je me possédai, combien je donnai à la douceur, à la pitié, au respect qu’on doit au* talens. Il falloit que le désir do n'ètre pas mal a\ec cet bomme fût gravé bien profondément en moi. Ma modération fût si grande, que Mr. do La Lande en fut étonné; et M. de La Lande est l’homme de France le plus modéré.

Mais, pour étonner par sa modération l’homme de France le plus modéré, il fallait que cette vertu, toute nouvelle chez La Beaumclle, eût été soumise à de bien dures épreuves; et il n’était pas inutile, lorsque l’on est si prolixe d’ordinaire, d’entrer dans quelques détails sur les violences, les emportements furibonds de Voltaire. 11 n’était pas moins piquant de démontrer, par son exemple, comment « ou désarme un tigre en le carressant. » F.h bien, cette entrevue, sur laquelle il reste muet, le récit nous en a été fait par celui même qu’il adjure et qu’il prend à témoin. Bien des années après (les deux ennemis étaient alors également dans la tombe), Wagnière, qui recueillait tous les matériaux qu’d pouvait rencontrer pour servir à l’histoire de son maître, s’adressait à de Lalande, dont la réponse ne se faisait pas attendre.

... Jo voyais La Beaumelle chez Maupertuis. Je savais que M. Je Voltaire no l’aimait pas. Jo crus, avec la confiance d’un jeune homme, que je pouvais contribuer à une réconciliation; je m’offris à l’y accompagner. Mais M. de Voltaire, qui voulait sans doute éviter une explication, fit semblantde ne pas le voir, et me parla d’une manière si continue à moi seul, qu’il no donna pas le temps à La Beaumelle d’entamer une explication. Sa modération consista donc à ne rien diro. Je m'aperçus que le silence de M. de Voltaire m'accusait d'indiscrétion. Je me retirai au bout d’un quart d'heure. M. de Voltaire mo reconduisit avec des témoignages d'affection qui contrastaient avec l’affectation de no pas regarder La Beaumelle, et défaire sem-

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