ON FAIT PARLER VOLTAIRE
hautement l’iniquité d’un pareil traitement. On l’eût écouté, que tous les Français résidant à Berlin fussent allés se jeter aux pieds des reines pour invoquer leur protection et celle des lois si odieusement enfreintes à l’égard d’un compatriote. La Beaumelle, sur le récit de la comtesse, dans un élan de reconnaissance, se transporte chez Voltaire qu’il accable de remcrcîments : séance attendrissante, à la suite de laquelle on se promettait mutuellement d’oublier le passé. Mais les illusions de celui-ci furent de courte durée ; et, dès le jour même, le baron de Taubenheim lui racontait que le poète avait, tout au contraire, dit chez lord Tyrconnel que son affaire ne regardait aucunement les Français, parce que La Beaumelle n’était pas Français; que, s’il l’était, il avait été banni de France; que, s’il n’avait pas été banni de France, il l’avait été de Danemark ; que s’il ne l’avait pas été de Danemark, il était du moins un mauvais chrétien, et, en cette qualité indigne de l’appui du ministre de Sa Majesté très-chrétienne. Si nous ne croyons guère à l’initiative généreuse que madame de Bentinck prêtait à Voltaire, nous ne pouvons davantage prendre au sérieux ces niaiseries qui eussent eu d’ailleurs peu d’effet sur un chrétien de la force de lord Tyrconnel. Quoi qu’il en soit, par un sentiment de prudence et d’équité qu’on ne saurait trop applaudir dans un homme si passionné et d’ordinaire si peu prudent, La Beaumelle chargea leur intermédiaire officieux de faire part à l’inculpé de ces bruits malveillants, et de lui témoigner combien il serait charmé qu’il lui démontrât le néant des proposqu’on lui attribuait.
iv. ic