‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 22 sur 431 · LEUR MARIAGE · texte numérisé non relu

LEUR MARIAGE

tellectuel qui devait, lorsqu’on s’y décida, justifier une union dont l’inégalité était compensée par les grâces de l’esprit, la solidité et le charme du caractère, tout un cortège de connaissances et de talents peu communs chez une femme.

L’auteur des Lettres juives épousa mademoiselle Cochois, le 21 janvier 1749. Il nous dit que le consentement d’un roi philosophe, « à qui la vertu et l’esprit paroissent les plus grands avantages, » légitima son choix. Cela contrarie sensiblement la tradition, qui, du reste, elle aussi, a ses côtés inexacts, car elle recule ce mariage en pleine guerre de Sept aus, et va jusqu’à prétendre que Frédéric l’ignorait encore à la paix de 1763, c’est-à-dire quatorze ans après la perpétration de ces noces occultes1. Nous n’en sommes pas moins disposé à croire que d’Argens se dispensa de solliciter un agrément qu’il n’eùl pas obtenu, et que, la cérémonie faite, il s’écoula quelque temps sans qu’on osât se déclarer. Les amis s’assemblèrent, la question fut débattue,' longuement discutée. Enfin, il fut arrêté que la marquise, vêtue avec une recherche élégante, irait se promener dans les jardins de Sans- Souci, à l'heure où le roi avait l’habitude de s’y mon-

1. Ce mariage était ni peu un secret, il était si bien avoué, que nous lisons dans une lettre, que nous aurons occasion de citer plus bas, du comédien Desormes, ie camarade de mademoiselle Cochois, datée du 6 février 1751 : « Il vil ici (le marquis) avec une épouse charmante, qui rassemble en elle toutes les grâces de son sexe, toute la solidiié du nôtre, et tous les talens du cabinet et de la société. Elle possède la musique ; elle peint supérieurement ; elle sçait le grec et le latin; elle fait des vers françois très-délicats... » Fréron, Lettres sur quelques écrits de ce tems (Nancy, 1753), t. X, p. 1QU.

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