MENACES DE LA BEAUMELLE
Cependant il se baitoit en retraite vers un cabinet voisin, en assez bonne contenance. Je lui dis:
Que mes armes , consul, ne blessent point vos yeux.
Je ne violerai point l’hospitalité. Mais, à cela près, craignez tout de moi. Dieux I s’écria-l-il, quelle insolence 1 dans ma maison! Le téméraire s'en repentira. Le repentir, misérable que tu es, sera pour toi. Je sais toutes tes noirceurs; je souillerois ma bouche en les répétant; mais je saurai les punir. Je te poursuivrai jusqu’aux Enfers; je veux que tu dises : hélas! Desfortaines et Rousseau vivent encore. Ma haine vivra plus longtems que les vers. En ce moment j’étois si indigné, que je crus qu’il me seroit possible de lui tenir parole. Que je connoissois mal mon cœur*.
Est-ce assez extravagant, assez insolent, assez ridicule et révoltant tout ensemble? El, quelque peu de penchant que l’on se sente pour Voltaire, n’est-on pas profondément indigné de la conduite sans nom de ce jeune homme à l’égard d’un homme qui eût pu être son père, qu’il outrageait odieusement, et qui eut été dans son droit en le faisant jeter par la fenêtre? Mais La Beaumelle ne s’imagine pas avoir poussé trop loin les choses, et voici ce qu’il dit du récit de ces aménités: « Ma Lettre sur mes démêlés avec Voltaire est une preuve de ma modération, dans le cas où la modération est possible. J’y raconte le mal qu’il m’a fait avec autant de sang-froid qu’il le fil1 2. » Et ne croyez pas qu’il raille; il le dit comme il le pense, et il veut être
1. Le Siècle politique de Louis XIX (à Siéclopolis, 1753), p. 328 à 331. Lettre de M. de La Beaumelle sur ce qui s’est passé entre lui et Voltaire.
2 . Réponse au Supplément du Siècle de Louis Xl V (à Colmar, 1 7 54), p. 118.