‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 214 sur 431 · LETTRE DE M. ROUSSEAU · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. ROUSSEAU

... Il n'y a qu’une voix, lui était-il répondu, dans Gotha sur votre départ et sur celui de la veuve Schwecker dans l'année 1732, non pour Erfurlh , mais pour Eisenach; au besoin, plus de cent, plus de mille personnes, tout Gotha enfin ccrtifira, dans la forme la plus authenlique, la rumeur publique, l’opinion générale, l’assertion unanime, que vous êtes partis ensemble de Gotha, sans faire d’adieux, ni l’un ni l’autre, à qui que ce soit, et que vous êtes arrivés ensemble à Eisenach. Comme vous ne disconvenez pas, monsieur, d’avoir fait le voyage de Francfort avec la personne sus-mentionnée, je dois vous avouer franchement que je ne vois pas ce que vous gagneriez à prouver (si cela se pouvait) que vous soyez parti avec elle d’Erfurlh et non de Gotha, vu que, dans la supposition certaine que vous ayez ignoré le vol dont la Schwecker s’est rendue coupable, il est parfaitement indifférent et égal duquel des deux endroits vous soyez partis ensemble.

En effet, bien loin de vous soupçonner... d’avoir pris la moindre part au méfait de la veuve en question, je suis bien aise non-seulement de vous réitérer l’assurance du contraire, mais encore d’v ajouter, sans crainte d’être désavoué, que Leurs Altesses sérénissimes Monseigneur le duc et Madame la duchesse vous connaissent trop homme d’esprit pour vous croire capable d’avoir voulu vous associer publiquement sur une aussi longue route qu’est celle (en vous jugeant par votre propre aveu) d’Erfurth à Francfort, avec une personne quo vous auriez reconnue voleuse. Cela n’est entré dans l’esprit de personne, et c’est ce qu’on est en état de vous confirmer. Au surplus, s’il y a eu de l’imprudence dans votre fait, elle est du genre de celles qui ne sont point criminelles1.

Restons sur cette phrase qui décharge La Beaumelle du plus gros de l’accusation. Quand il quittait Gotha, sans prendre congé, avec la précipitation d’un amant qui va se mettre sur les bras toute une famille irritée, et aussi d’un homme embarrassé dans ses affaires et qui juge inutile d’avertir ses créanciers, il ignorait

1. Voltaire A Ferney (Didier, 1800)’, p. 285, 28C. Lettre de M. Rousseau à La Beaumelle; ce 5 septembre 1767.

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