AVEU DE LA BEÀUMELLE
complètement que celle au sort do laquelle il s’associait était une misérable, et nous ne faisons aucune difficulté de croire qu’il se sépara d'elle aussitôt qu'il eut découvert son infamie.
Ce qui résulte de tout cela, c’est la légèreté, la témérité, le côté aventureux et irréfléchi d’Anglivicl, que la vanité était capable de précipiter dans les abîmes. Tant qu’il vivra, l'impétuosité de son caractère, son étourderie gâteront en lui les dons les meilleurs, et l’empêcheront trop souvent d’apprécier bien sainement la moralité de ses démarches. On a fait de La Beaumelle une victime de Voltaire, mourant à la peine sous les coups de ce vieillard implacable. Nous eu avons déjà assez vu pour juger d’où vinrent les torts; plus tard, il ne laissait pas de reconnaître que c’était lui qui avait pris l’initiative de l’attaque : « Je l’ai entendu, nous dit La Ilarpe, il y a deux ans (1774), avouer lui-même que son procédé était inexcusable, et qu’il avait eu les premiers torts avec M. de Voltaire ’. » L’auteur du Siècle de Louis XJ V n’eût pas demandé mieux en effet de n’avoir rien à démêler avec lui; et, pour le présent, il était même suffisamment inquiet des desseins de ce nouvel ennemi, qui l’avait menacé en toutes lettres de « le poursuivre jusqu'aux enfers. »
11 fut vite instruit de ce qui se tramait. 11 était en relations avec M. Roques, conseiller ecclésiastique du landgrave de Ilesse-llomberg, qui travaillait au Journal de Francfort et avait des liaisons assez étroites
1. La Harpe, Correspondance littéraire (Paris, 1804), 1. 1, p. 240,