CONTREFAÇON DE LA BEADMELLE
voit être tenté ou de ne la lui point accorder, ou de la lui faire acheter chèrement. Aux ouvertures qui lui sont faites, La Beaumelle répond qu’il est engagé avec son libraire; mais, avant tout, il veut se venger, poursuivre l’ennemi sans trêve, par tous les moyens et sous toutes les formes. Ainsi, il menace de ressusciter le procès Ilirsch, et de livrer ces scandaleux débats à une publicité européenne1. Quoi qu’il en soit, Angliviel, qui avait touché cent cinquante florins (Voltaire dit quinze ducats), achevait son audacieuse contrefaçon qu’Eslinger et la veuve Knoch ne tardaient pas à mettre en vente. Le Siècle de Louis XIV « augmenté d’un trèsgrand nombre de remarques par M. de la B***» parut en trois volumes, dont le premier seul contenait des notes de l’auteur de Mes Pensées, bien que Voltaire affecte de lui attribuer également les deux autres1. Le poète s’était fait doucereux , conciliant , plein de miséricorde et de mansuétude, et il n’en avait pas moins été outragé, pillé, impitoyablement volé ; car, quoi qu’on dise et quoi qu’onfasse, c’était bien un vol, et un vol inouï, sans précédents, et dont nul ne s’était avisé jusque-là ! « La Beaumelle est le premier, je crois, qui ait osé faire imprimer l’ouvrage d’un homme de son vivant, avec des commentaires chargés d’injures et de calomnies. Ce malheureux Érostrate du Siècle de Louis XIV a trouvé le secret de changer, pour quinze ducats, en un libelle abominable, un livre entrepris
t . Voltaire, Œurrct enmpUlfs (Bciicliol), t. LV1, p. 232, 233, 234. Lettre de Voltaire A M. Roque*.
2. Les deux autre* volume* eussent été du chevalier de Malnvillers.