LA COMÉDIE DE MADAME DENIS
Voltaire. Si les deux comédies qu’elle a faites n’ont pas encore été données au public, elles n’en sont pas moins dignes des honneurs de la représentation et de l’impression. Des amis particuliers, à qui l’auteur en a fait lecture, conviennent tous qu’il y a dans ces pièces beaucoup d’esprit, de fort beaux vers et une grande connaissance du monde '. » Voltaire, qui n’était rien moins que rassuré, dans l’impossibilité de la faire changer de résolution, s’efforçait de se persuader que l’ouvrage de sa nièce était, ou de peu s’en fallait, un chef-d'œuvre, et en parlait dans ce sens à d’Argental, auquel nous l’avons vu plus haut confier son éloignement et ses répugnances. « Je me flatte, lui mandait-il, que la pièce que madame Denis va donner ne sera point un mal, que ce sera au contraire un bien qu'elle mettra dans la famille, pour réparer les prodigalités de son oncle... Elle a acquis tous les jours plus de connaissance du théâtre; et ses amis, à la tête desquels vous êtes, ne lui laisseront pas hasarder une pièce dont le succès soit douteux. Il y a une certaine dignité attachée à l’état delà femme, qu’il ne faut pas avilir... Un grand succès me comblerait de la plus grande joie; il me ferait cent fois plus de plaisir que celui de Mérope. Un succès ordinaire me consolerait, uu mauvais me mettrait au désespoir1 2. »
Mais elle était loin de trouver auprès des comédiens
1 . Voyage en Vautre Monde ou Nouvelles littéraires de celui-cy (Voyage an séjour des Ombres) , Paris, Duehctuie, 1752 ; 2m® partie, p. 151, 152.
2. Voltaire, Œuvres complètes (Bouchot), t. LVI.p. 90, 91. Lettre de Voltaire à d'Argenlal; Potsdam, le 3 mai 1752.