‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 228 sur 431 · MAUVAIS PROCÉDÉS DES COMEDIENS · texte numérisé non relu

MAUVAIS PROCÉDÉS DES COMEDIENS

l’encouragement qu’elle avait rencontré dans son entourage: ceux-ci, n’osant pas la rebuter ouvertement, étaient arrivés au même but, en lui imposant des interprètes qu’ils savaient bien qu’elle n'accepterait point. Froissée d’un tel procédé, elle avait repris l’ouvrage avec la détermination de ne travailler de sa vie pour ces histrions insolents. « Cette pauvre madame Denis a retiré sa’pièce des mains des comédiens, après avoir été ballottée pendant trois mois: elle aurait mieux fait de ne la pas donner*. » Mais cette résolution, prise dans un moment d’exaspération, elle n’avait déjà plus, l’instant d’après, la force de la maintenir. « Je suis un malade, écrivait- elle au duc de Richelieu, qui sent des douleurs violentes qu’il faut ou tuer ou guérir. Si vous avez pitié de mes maux, monseigneur, daiguez envoler par un de vos gens à la comédie un billet signé de votre main, par lequel vous ordonnerez qu’on se mette sur le champ à apprendre la Coquette punie. Si cet ordre pouvoit leur être donné lundi à l’assemblée, ils ne prendroient point d’autre arrangement. Vous serez certainement hobbéi si vous le voulez bien résolument...1 2 » Il ne parait pas que le maréchal se soit remué outre mesure pour satisfaire cette passion de la gloire dont madame Denis se disait dévorée. Non-seulement les comédiens ne jouèrent pas la Coquette punie , mais ils devaient don-

1. Madame du DcfTand, Cormpondance complète (Plon, 1SG5), t. I, p. 150. Lettre de d’Alembcrt à madame du Defland ; Paria, •1 décembre 1752.

2. Lavi rdet, Catalogue d'autographes du 30 mari 1803, p. 14, 15, n° 74. Lettre de madame Dénia à M. de Richelieu, ce jeudi S février 1753.

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