‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 231 sur 431 · GOUT IRRÉSISTIBLE POUR L'ÉTUDE · texte numérisé non relu

GOUT IRRÉSISTIBLE POUR L'ÉTUDE

entra dans la compagnie des mousquetaires gris (1718), dont il sortit pour rejoindre à Lille le régiment de La Roehe-Guyon, où M. Moreau lui avait obtenu une compagnie. Entraîné par un goût irrésistible pour toutes les connaissances, Maupertuis faisait marcher de front l'accomplissement de ses devoirs militaires avec l’étude de la philosophie, de la géométrie, des sciences naturelles et des belles-lettres, trouvant encore des loisirs pour les arts d’agrément auxquels il s’appliqua avec la même passion. Il apprit la composition de Dernier, et était parvenu, sur plusieurs instruments, à acquérir un talent d'artiste.

Il vint passer l’hiver de 1722 à Paris, où tous ses instincts d’homme d’étude et de plaisir allaient trouver leur pleine satisfaction. Esprit indépendant, amourpropre formidable, Maupertuis, qui se fût aisément ouvert par sa valeur personnelle et par les amis de sa famille les salons de la meilleure compagnie, éprouva toujours une répugnance invincible pour ce qu’on appelle le monde, où il eût été effacé, où, du moins à ses débuts, il n’eût pas joué le personnage qui lui convenait. Même à l’apogée de sa célébrité, au moment où il n’était bruit que de lui et de ses découvertes, il avait peine à surmonter uue certaine gêne que ne diminuait pas la conscience de son importance, et qui se traduisait par des gaucheries d’écolier. « Il faut avouer, lisons-nous dans un petit livre introuvable, fort recherché des bibliophiles, que parmi le talent de M. de M***, il n'a pas celui de se mettre à son aise. La première fois que Dufay le mena chez madame I)***, il parcourut tout l’appartement à reculons sur son siégp,

Page 1