‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 235 sur 431 · I.a Beaumelle, Vie de Maupcrtuis (Pari», Ledoyen, I85C · texte numérisé non relu

I.a Beaumelle, Vie de Maupcrtuis (Pari», Ledoyen, I85C

27 ti LA MESURE DE LA TERRE.

terribles retournèrent leur pointe contre sa propre personne.

Une question, qui avait de tous temps préoccupé la philosophie et qui était restée un problème, c'était la mesure de la terre. Au nombre des obstacles qui s’étaient opposés jusque-là à sa solution, le moindre n’était certes point l’opinion universellement reçue que la figure de notre globe était parfaitement sphérique, opinion qui ne devait tomber que devant des observations plus sérieuses et à la suite d’excursions un peu plus longues que l’intervalle qui sépare Paris d’Amiens. Les esprits, non moins déconcertés qu’éveillés par les théories de Huyghens et de Newton, éprouvaient le besoin de sortir d’une incertitude qui allait, scientifiquement parlant, jusqu’à l’anxiété ; et Dominique Cassini reçut la mission de mesurer l’arc du méridien qui traverse la France. Il résulta de ces recherches que la terre était un sphéroïde allongé. Son fils Jacques, qui eut à répéter les mêmes expériences «en différents temps, en différents lieux, avec différents instruments et par différentes méthodes, » constata, chaque fois, la précision des observations paternelles. Si rien n’est plus brutal qu’un fait, pour les géomètres les calculs valent des faits et sont des faits, et les doutes résistèrent dans l’esprit de plus d’un aux affirmations et aux constatations des Cassini. Qui avait tort d’eux ou de Newton? Pouvait-on demeurer davantage dans cet état humiliant, et la France, qui avait tant fait déjà au siècle précédent pour le progrès de l’astronomie, ne se devait-elle pas de fournir à ses savants, même au prix des plus grands sacrifices, les moyens de décider en

Page 1