‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 236 sur 431 · DOUBLE EXPÉDITION SCIENTIFIQUE · texte numérisé non relu

DOUBLE EXPÉDITION SCIENTIFIQUE

dernier ressort d’une question de cette importance? On comprit, un peu tard, que le plus sûr moyen de vérification était d’aller mesurer quelques degrés voisins de l’équateur. C’était toute une expédition scientifique à tenter, et qui devait séduire les tètes ardentes et jeunes de l'Académie. Après de longs débats et plus d’une résistance, Godin, Bouguer et La Condamine partaient pour cette glorieuse et non moius périlleuse entreprise (3 mai 1733). Maupertuis, qui n’avait pas vu s’éloigner sans jalousie ces nouveaux Argonautes, adressait tout aussitôt au ministre et à l’Académie un mémoire où il démontrait que ce voyage pouvait n’ètre pas complètement concluant, si on ne lui donnait comme corollaire un voyage au Nord pour mesurer également les degrés du méridien voisins du cercle polaire1. 11 avait déjà fait choix de ses compagnons d’aventure, et offrait de partir pour le pôle avec Clairaut,CamusetLemonnier. L’expédition fut résolue, en dépit des obstacles qu’eussent voulu y apporter ceux qu’elle menaçait dans leur infaillibilité. Nos savants, quis’étaientadjointsl’abbéOuthier,M. de Sommereux, le dessinateur Herbelot, et l’astronome suédois Celsius, alors en France, s’embarquaient le 2 mai 1736, à Dunkerque, sur le Prudent, où ils avaient naturellement rassemblé tout ce qui pouvait aider à un voyage et à des recherches de cette nature, pleins d’ardeur, stimulés par le pyrrhonisme dédaigneux de leurs adversaires et l’espérance de leur rendre au retour railleries pour railleries, mépris pour mépris.

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