D’ARGENS PROCÈDE DE BAYLE
Tour ton duvet, qui sent la pourriture,
Et tes vieux draps aussi crasseux qu’usés,
Et les rideaux, déchirés et percés,
Et tes coussins avec la couverture ,
Ton bon patron quitterait, je l'assûre,
Bibliothèque, amis, biens et parents,
Pour végéter entre tes draps puanLs'.
D’Argens, quelles que soient les réserves qu’on puisse faire, est un érudit, un lettré, un savant; il appartient à une école, triste école peut-être, mais avec laquelle il faut compter. 11 procède de Bayle, dont il est le disciple, dont il est le successeur et le continuateur, mais non l’égal. Si l’on 11e lit plus guère son maître, quelques rares curieux s’aventurent seuls dans la lecture de ces publications, dont l’esprit départi et de système les dégoûte vite, et son œuvre est, depuis longtemps, ensevelie dans le pluscomplet oubli. Nous avons cité, à propos de faiblesses communes, le nom de La Mettrie ; il y aurait, toutefois, une souveraine injustice à accoupler ces deux hommes. La Mettrie, enfant perdu de la philosophie, esprit excessif, mais plus fou, plus délirant, plus aviné qu’excessif, ne relève que de luimême. S’il n’a rien créé, rien inventé, s’il n’est pas scientifiquement sans ancêtres, son audace lui est propre, ainsi que cette inquiétude, ce besoin de mouvement, d’agitation, de dispute, de paradoxe, d’énormités, qui font de cet excentrique un combattant sans mandai et sans consigne, et n’ayant point de mot d’ordre; un guerroyant isolé que la philosophie scep-
1. OEuvres de Frédéric le Grand (Berlin , Preuss.), t. Mil, p. 47 à 4U. Épîlre au lit (lu marquis d’Argena; 17 février 175t.