JULIEN OFFRAY DE LA METTRIE
tique, ne voudra point reconnaître et repoussera avec une sainte horreurcomme un dissolu, un impudent, un bouffon C’était être plus difficile que le roi de Prusse, qui ne laissa pas de s’accommoder fort de l’étrange philosophe, auquel il tolérait un franc parler et des licences qu’il n’eût pas soufferts à d’autres. Mais, au début de son règne, Frédéric, si ligaturé, si comprimé jusque-là, fut tellement enivré de liberté, qu’il la voulut pleine et entière pour les autres comme pour lui-même, malgré les risques auxquels allait être exposée la majesté du souverain. La Mettrie arriva pendant cette première phase d’enthousiasme où Frédéric prétendait n’avoir que des amis dans ses courtisans ; dix ans plus tard, il se fut fait chasser au débotté. Quoi qu’il en soit, c’est là une physionomie à reproduire, et que nous essayerons de retracer dans sa sincérité. Elle est un témoignage expressif de la bigarrure de la société intime du prince, qui recrutera un peu son monde à l’aventure et n’apportera pas toujours dans ses choix et ses préférences, du moins au commencement, un discernement et un jugement à l’abri de toute critique.
Julien Offray de La Mettrie naquit, le 2o décembre 1709, à Saint-Malo, la patrie de Maupertuis et de l’abbé Trublet. Il fit ses humanités au collège de Coutances et sa rhétorique à Caen, où il remporta tous les prix; après quoi son père, en homme positif, n’estimant pas de carrière plus sûre que l'état ecclésiastique, l’envoya suivre le cours de logique au Plessis,
1. DiUeioJ, Essai sur tes r'ctjncs de Claude et de Niion (Londres, 1782), t. Il, p. 81.