MAUPERTUIS A VIENNE
Quant à Maupertuis, quelque solide cavalier qu’il dût être (car nous ne croyons que peu à l’étrange monture que lui attribue l’auteur de la Benriade ), emporté par son cheval', qui le mena au beau milieu d’un parti de hussards, il fut appréhendé, dépouillé, dévalisé, et arriva au camp autrichien dans le plus complet dénûment. Sa détresse ne fut que momentanée ; le comte de Neuperg s’empressa de lui faire donner des habits et de l’argent, et le fit conduire à Vienne, après l’avoir comblé de politesses. Marie-Thérèse l’accueillit avec une bonté qui tourna sa disgrâce en triomphe. Quelque peu femme qu’elle fût, la reine de Hongrie l’était encore assez pour se préoccuper de la beauté des autres reines ; elle demanda au géomètre s’il était vrai que la princesse Ulrique, celle qui fut la reine de Suède et à laquelle Voltaire adressa de si galants madrigaux, fût la plus belle princesse du monde? et celui-ci de répondre : « Je l’avais cru jusqu’à présent, madame. » Au reste, sa captivité fut courte, et la liberté lui fut rendue sans rançon, avec des procédés qui doublaient le bienfait. Le grand-duc de Toscane le pressa de lui dire ce qu’il pouvait faire qui lui fût le plus agréable ; Maupertuis lui répondit que ce qu’il regrettait le plus des objets dont il avait été dépouillé par les hussards était une montre à secondes de Gra-
(Didot, 1860). t. II, p. 175, 176. — Marquis de Valori, Mémoires Paris, 1820;, t. I, p. 105.
1. Jordan écrivait, de Breslau, à Frédéric, le 12 mai 1741 : • La Cosette de Leyde dit que le cheTal de M. de Maupertuis, avant pris le mors aux dents au milieu de la bataille, l'avait jeté dans l'armée ennemie. » OEuvres de Frédéric le Grand (Berlin, I’rcuss.), I. XVII, p. 109. .