‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 264 sur 431 · TÊTE-A-TÊTE · texte numérisé non relu

TÊTE-A-TÊTE

m’offrir cette place... Voltaire vient encore pour cela d’écrire à madame Denis'. » Si Voltaire écrivait à sa nièce pour presser d’Alembert de se rendre aux vœux du Salomon du Nord, c’est qu’il ne songeait pas à succéder à Maupertuis; et c'est ailleurs encore qu’il faut chercher la cause originelle d’une inimitié dont les éclats devaient retentir d’un pôle à l’autre. Thiébault aussi a sa version et raconte avec détail un petit incident que nous citerons d’après lui, bien que nous soyons fort éloigné d'en garantir l’authenticité.

Ce qui amena, au moins en apparence, la première scission entre eux deux, fut un propos déplacé de la part du président, et que Voltaire repoussa durement. Tous deux revenaient de Sans-Souci à Potsdam, vers une heure et demie après minuit, dans un des carrosses du roi, lorsque Maupertuis dit d’un air de jubilation : « Il faut avouer qu'aujourd’hui la soirée a été charmante. — Je n'en ai jamais vu de si sotte, » répliqua Voltaire. Pour bien entendre le propos et la réplique, il faut se rappeler que M. de Voltaire avait habituellement un esprit si heureux et si brillant, qu’il écrasait tous les autres convives; il n'y avait que Frédéric qui pût lutter avec quelque succès: mais cet homme extraordinaire avait de temps en temps des jours où, soit par indisposition, soit pour quelque autre cause, il n'était que taciturne, froid et presque nul *. Maupertuis, au contraire, qui, en général, avait beaucoup moins d'esprit que Voltaire, en avait tous les jours également, et môme assez pour

1. D'Aleinbert, O Entra complètes (Belln), t.V, p. 27, 28. Lettre de d'Alembert & madame du Deffand; Paris, 4 décembre 1752.

2. Voilà ce que nous ne pouvons admettre. Ce que l'on a toujours admiré chei Voltaire c’est, malgré ses souffrances très-réelles, cet esprit toujours alerte, toujours dispos, toujours apte au travail comme aux joûtes de la couversalion. Il a pu dire de lui-mème, sans se surfaire, dans son discours sur la Nature de l’homme (Yi* discours) :

Dsus ua corps languissant , de cent maux attaqué ,

Gardas! un esprit libre à l’étude appliqué...

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