TENTATIVE DE FORMEY
honneur de prouver de la façon la plus péremptoire et la plus triomphante qu’il était victime d’un manège aussi grossier que criminel ; et il ne devait reculer devant rien pour perdre un téméraire qui avait osé s’attaquer à lui. Ses amis, entrevoyant les tracas inévitables de pareilles recherches, lui conseillaient de ne pas donner à ses adversaires (et il n’en avait que trop à Berlin comme à Paris) cet avantage. Formey, entre autres, lit toutce qu’il put pourfléchir cette humeurindomptable.
Me trouvant un soir seul avec lui, et croyant qu'après toute la confiance et l'amitié qu’il m’avoit jusqu’alors témoignées, je pouvois lui parler avec une liberté respectueuse sur les suites que je prévoyois, je le suppliai de regarder comme non-existant une pièce ensevelie duns un journal latin, et de bien penser qu'ayant autant d’envieux et d’ennemis qu’il en avoit on en prendroil occasion de là de le harceler et de lui causer du chagrin. Ses yeux s’enflammèrent : Quoi, dit-il, rous voulez donc qu'on me yirenne pour un olibrius, etc. Son ton fulminant m’effraya, et je compris que j’en avois trop dit '...
Maupertuis se sentait tout puissant; !a majeure partie de l’Académie était composée de ses créatures, elle était à ses ordres, et il ne doutait pasd’avoir bon marché d’un adversaire sans entours et sans appuis, du moins
partout cette précieuse lettre qui se retrouvera peut-être, mais qui n’est paa encore retrouvée, à l'heure qu'il est. Noub devons à la parfaite obligeance de M. Du ttois Raymond de connaître À cet égard le sentiment de l’illustre éditeur des œuvres de Leibnitz, M. Gerbardt, qui nous répondait par son entremise , d’Eisleben , le 4 décembre 1869 : < ... Je suis parfaitement convaincu que le fragment, style et contenu est bien de Leibnitz en personne, ce contenu reparaissant très-souvent dans ses mémoires et ses lettres, surtout pour ce qui a rapport au principe de la continuité, et pour ce que mentionne Leibnitz dans le fragment louchant les principes de la dynamique... a I. Formey, Souvenirs d’un Citoyen (Berlin, 1789), t. I, p. 179.
L’ACADÉMIE érigée EN TRIBUNAL. 321
à Berlin. Quel parti allait- il prendre et quel genre d’action allait-il exercer contre Kœnig? Il résolut de lui intenter une sorte de procès, non devant les tribunaux ordinaires mais devant l’Académie royale de Berlin, dont il était le président. L’influence considérable qu’il ne pouvait pas ne point avoir sur tous ses membres eût dû suffire pour lui faire entrevoir le peu de convenance et môme l’odieux d’un tel excès d’autorité. Mais la passion n’est pas en peine d’arguments pour justifier ses emporlemeuts et ses écarts. L’Académie, qui par goût n’eût sans doute pas recherché une pareille mission, n’eut point la fermeté de se déclarer incompétente, et se laissa transformer docilement en un tribunal d’honneur, s’estimant apte à décider d’une question qui n’était pas aussi complètement de son ressort qu’on pourrait le croire. Sans parler des deux curateurs et des deux honoraires, gens de marque « qu’on n’agrége aux sociétés littéraires que pour en relever l’éclat », le jury était un composé de chimistes, de botanistes, d’anatomistes, d’astronomes et de lettrés, d’un mérite incontestable, chacun, dans les branches deconnaissancesauxquelles il s’était voués, mais tous assez étrangers à ces matières. « Pour dire la chose sans détour et comme elle est, s’écrie l’inculpé, tous les juges auxquels ou pourroit accorder les lumières requises, pour prononcer par eux-mémes et avec connoissance de cause dans cette affaire se réduisent à MM. de Maupertuis et Euler1 * * IV.... »
I . Apprt an public du jugement de t’ Académie royale de Berlin
(Levde, 1753), p. 79, 80. Examen de* droits de l'Académie et de la
conduite de ses membres.