‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 275 sur 431 · RESSENTIMENT PROFOND DE KGEN1G · texte numérisé non relu

RESSENTIMENT PROFOND DE KGEN1G

munication de l’arrêt lancé contre lui. 11 est vrai qu’il semble, même alors, n’en avoir eu connaissance que par la rumeur publique. Formey lui répond qu’il trouve sa demande de toute justice, et qu’il ne doute pas que ce ne soit aussi l’avis de l’Académie ; mais, comme elle était en fériés, sa requête ne pouvait lui être soumise que le 8 juin, jour de sa première assemblée ordinaire'. Le jugement, du reste, fut rendu public quelques jours après, et Kœnig en apprit le contenu, comme tout le monde, par l’arrêt imprimé. Il ne pouvait, sans déshonneur, courber le front sous cette sentence flétrissante ; il écrivit au secrétaire perpétuel, dans les termes les plus modérés, les moins amers en apparence, pour lui annoncer le renvoi de sa patente de membre de l’Académie de Berlin1 2. Au fond, il était plein du ressentiment de l’outrage qu’il venuit de subir : c’était, lui aussi, un esprit têtu, rempli d’orgueil, qu’il ne fallait pas blesser, et il n’avait pas besoin d’être poussé dans cette voie de représailles dans laquelle il s’élança en homme qui n’avait plus rien à ménager. Les spéculations métaphysiques et scientifiques ne transforment pas tellement ceux qui y vouent leur vie, qu'ils ne restent hommes au moins par la vanité, par un besoin inextinguible de renommée et de célébrité. On a fait et on ferait encore de gros volumes des disputes qui ont été l’humiliation et le scandale de la philosophie et des lettres. C’est toujours

1. Jugement de l'Académie royale des science* et bellei-letlrei, p. 160, 161. Lettre de Forme; à Kœnig; du 16 mai 1762.

2. Ibid., p. 161. Lettre de Kœnig à Forme;; la llave, le 18 juin

DHOIT DOUTEUX DE MAUPEHTUIS.

la recherche de la vérité qui précipite dans l’arène ; mais l’on s’échappe vite par la tangente, et ce qui semblait n’ôtre qu’uDe question de doctrine et de pure abstraction se change tout aussitôt en une question d’amour-propre aveugle et sauvage.

Ce serait sans doute ici le lieu de reproduire le fragment incriminé et de rechercher jusqu’à quel point Maupertuis était fondé à y reconnaître une inculpation sournoise et perfide de plagiat1. Mais fort probablement nous saurait-on un mince gré d’insister à l’excès sur le détail d’une lutte dont le souvenir n’est resté vivant que grâce aux facéties et aux sanglantes moqueries du docteur Akakia. Cette lettre de Leibnitz était-elle ou n’était-elle pas rœuvre d’un faussaire? Kœnig répond qu’il fallait bien qu'il l’eût crue réelle, puisqu’il l’avait citée. On exigeait de lui de fournir la pièce autographe ; mais il ne l’avait jamais eue, et il l’avait déclaré ingénument a Maupertuis, aussitôt que celui-ci s’en était enquis auprès de lui. Était-on beaucoup plus fondé à soupçonner sa bonne foi que celle des historiens, antiquaires, voyageurs, physiciens, qui, le plus souvent, seraient fort embarrassés si l’on se refusait à les croire sur parole? De quoi Maupertuis l’accuse-t-il? D’avoir essayé de lui enlever, au profit de Leibnitz, le mérite et le bénéfice de sa théorie ? Sa réponse et sa défense seront aisées; non-seulement lui, Kœnig, nie que le fragment contienne le principe en question,

I . Kœnig n’aralt cité qu’un fragment de la lettre de Lelbniti, dana le» Nova acta Eruditorum de Lelprick (mars 1151), p. 116. I) la reproduisit In extenso dans V Appel au public du jugement de l'AcadCmie royale de Berlin, appendice, p. 45-48.

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