GRIEFS DE VOLTAIRE
de Potsdam. Maupertuis est à Berlin, malade, pour avoir bu un peu trop d’eau-de-vie, que les gens de son pays ne haïssent pas'. Il me porte cependant tous les coups fourrés qu’il peut, et j’ai peur qu’il ne me fasse plus de tort qu’è Kœnig. Un faux rapport, un mot jeté à propos, qui circule, qui va à l’oreille du roi, et qui reste dans son cœur, est une arme contre laquelle il n’y a souvent point de bouclier I. 2. » Ces insinuations sont vagues ; Voltaire se plaint des mauvais procédés, des souterrains de Maupertuis, sans autres explications. La poste n’était rien moins que fidèle en Prusse comme en France, et il y eût eu de l’ingénuité à s’étendre en toute franchise sur certaines matières et à l’endroit de certains personnages. Aussi le poète avait-il pris le sage mais peu commode parti de n’écrire que par des voies sûres, « qui sont rares. >> Dans une autre lettre à madame Denis, il sera moins sibyllin, et parlera plus clairement. « Voici mon état : Maupertuis a fait discrètement courir le bruit que je trouvais les ouvrages du roi fort mauvais ; il m’accuse de conspirer contre une puissance dangereuse, qui est l’amour-propre; il débite secondement que le roi m’ayant envoyé de ses vers à corriger, j’avais répondu :
I. Maupertuis, en efTet, n'était que trop enclin à abuser de l'eaude-vie et des liqueurs fortes. Frédéric écrivait au président de son Académie, vers ce même temps : • Il ne vous manque que de la santé pour jouir de votre gloire; un peu de rogom de moins, un peu plusde diète et vous guérirai... • El, dans la lettre suivante : < Plus de rogom, plus de calTé , et avec le terne et la sobriété vous vous rétablirai... » Cabinet de M. Feuillet de Conches, Lettres originales du Grand Frédéric A Maupertuis, t. I, n" 62 et 63.
î. Voltaire, OEuvres complètes (Beuchot), t. LVI, p. 97, 98. Lettre de Voltaire à madame Denis; Potsdam, le 22 mal 17&2.