‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 278 sur 431 · LE LINGE SALE A BLANCHIR · texte numérisé non relu

LE LINGE SALE A BLANCHIR

« Ne se lassera-t-il point de m’envoyer son linge sale à « blanchir? » Il tient cet étrange discours à l’oreille de dix ou douze personnes, en leur recommandant bien à toutes le secret. Enfin je crois m’apercevoir que le roi a été à la lin dans la confidence'.... »

Si l’accusation est fondée, Maupertuis jouait là le plus méchant rôle. Mais encore, était-ce de sa part diffamation ou invention pure? Franchement, cette saillie est trop dans l'humeur et dans l’esprit de Voltaire pour qu’elle lui ait été prêtée. Quoiqu’il dise et se récrie, on ne le calomnie pas. On brode, on amplifie tout au plus ; quant au fond, il lui appartient bien, et ce sera le corrollaire de Y écorce <f orange. Il reviendra plus d’une fois sur cette prétendue perfidie de l’illustre président : « Maupertuis eut soin de répandre à la cour, qu’un jour le général Manstcin étant dans la chambre de Voltaire, où celui-ci mettait en français les Mémoires sur la Russie , composés par cet officier, le roi lui envoya une pièce de vers de sa façon à examiner, et que Voltaire dit à Manstein : « Mon ami, à « une autre fois. Voilà le roi qui m’envoie son linge « sale à blanchir ; je blanchirai le vôtre ensuite2. » Depuis longtemps, l’on se nuisait le plus qu’on pouvait, n’y épargnant pas sa peine, et saisissant la moindre occasion qui s’offrait. Voltaire prétend aussi que Mau-

1. Voltaire, OEuvres complues (Deuchol), t. LVI, p. 131, 133. Letlrc (le Vollaire à madame Denis; 6 Potsdnni, le 24 juillet 1752.

2. Ibid., t. XLVII1, p. 353, 354. Commentaire historique, I. LYIll, p. 49. Lettre de Voltaire à Forme;; au château de Tourna;, 3 mars 1759. — L’abbé Ilenina, La Prusse littéraire sous Frédéric II (Berlin, 1*90), l. Il, p. 454. — Col Uni, Mon séjour auprès de Vollaire (Parla, 1807), p. 44.

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