AUTRES PROPOS
pertuis, lors de la mort de La Mettrie, lui avait fait dire que la charge d’athée du roi était vacante. « Cette calomnie ne réussit pas; mais il ajouta ensuite que je trouvais les vers du roi mauvais, et cela réussit'. » Ce qui ressort de ces accusations plus ou moins sérieuses, c’est qu’on se haïssait, c’est que l’on voulait se faire le plus de mal qu’on pourrait, c’est que tous les moyens paraissaient bons pour préparer et hâter la perte d’un rival. Il ne faut pas chercher à expliquer autrement l’iutervention de Voltaire dans les affaires d’un homme contre lequel il eût dû conserver, ce semble, quelque levain, non pas qu’il eût eu personnellement à se plaindre de lui, mais pour ses procédés peu louables à l’égard de madame du Châtelet. Disons, toutefois, qu’avant les mauvais offices réciproques entre le président et l’auteur de la Henriade , le poète avait reçu Kœnig en ami à son arrivée à Berlin, (septembre 1 7 oO ) ; et nous lui avons vu, on se le rappelle, faire passer à lui et à Formey des billets pour la représentation au château de Rome sauvée.
Si, à certaines rumeurs sourdes, à l’empressement qu'on mettait à répandre les petits lardons publiés dans les feuilles de Leipzig et de Hambourg, Maupertuis avait été à même de se convaincre qu’il avait plus d’un envieux et d’un ennemi, il avait pu sans trop d’efforts affronter avec un flegme dédaigneux des attaques qui ne s’élevaient point jusqu’à son olympe. Mais il est arraché à cette sérénité, plus apparente que
1. Voltaire, OEuires complètes (Beuchot), t. XL, p. 89. Mémoires pour servir A la vie de M. de Voltaire, écrits par lui-même.
332 RÉPONSE D'UN ACADÉMICIEN DE BERLIN, réelle, par une prétendue Réponse d'un académicien de Berlin à un académicien de Paris, petit écrit anonyme où se trouvaient condensées, en deux pages, les charges les plus graves, les accusations les plus sérieuses 1 . C’est uniment l’historique de ce qui s’est passé entre le président et le bibliothécaire de la princesse d’Orange, historique très-catégorique où sont mis en relief l’infériorité, la mauvaise foi, le despotisme, les menées odieuses de l’auteur de Y Essai de Cosmologie pour perdre un savant modeste, dont le crime unique avait été de ne point partager ses idées. Là, pas la moindre moquerie, le moindre sarcasme. Pas une phrase, pas un mot de trop ; mais un ton modéré dans l’attaque qui donnait confiance, et une telle précision dans l’énumération des faits, qu’il semblait aussi impossible de les nier que d’en atténuer la force. La Réponse d'un académicien de Berlin , ce premier coup porté par l’ennemi, un ennemi inconnu, est du 18 septembre. Quelques jours après, Kœuig lançait lui-même Y Appel au public, formidable factum, divisé en trois parties : d’abord l’origine de la controverse entre Maupertuis et lui, puis des remarques littéraires sur le fragment dont ce dernier contestait l’authenticité, et enfin l’examen des droits de l’Académie et de la conduite de ses membres. Si le professeur de la Haye avait pris son ■temps, son mémoire avait tous les mérites d’une œuvre mûrement rêvée et méditée; et, quelque mépris qu’affecteront les amis de Maupertuis, c’est un modèle
1. VolUlre, OEuvres complètes (Beuchol) , t. LVI, p. 181, 182, 183; à Berlin, le 18 septembre 1752.